Vcx explose de 1 500 % : la bulle privée spacex-anthropic débarque en bourse
Quatre jours. C’est le temps qu’il a fallu au Fundrise Innovation Fund pour quitter la terre fiscale du capital-risque et atterrir dans l’ionosphère boursière. VCX, son ticker à trois lettres, s’est envolé de 1 500 % au-dessus de sa valeur liquidative, frôlant 315 dollars mardi alors qu’elle valait 18,97 $ sur le papier. Résultat : deux interruptions de cotation pour « volatilité extrême » et un goût de 2021 dans la bouche des day-traders.
Des titres enfermés, une fièvre hors limites
Le mécanique est aussi simple qu’inhumain : 90 % des actions restent verrouillées six mois par des accords de lock-up. Sur le flottant réduit, les ordres s’entrechoient à 16 fois le NAV. En clair, une poignée de shares échange des centaines de millions de dollars de valeur « virtuelle » pendant que le fonds ne gère au total que 679 M$. « On assiste à une compression de l’offre sans précédent sur des noms qu’on ne pouvait pas toucher autrement », constate un market-maker londonien. SpaceX, anthropic, OpenAI, Databricks, Anduril, Ramp : le portefeuilletélescope de la Silicon Valley est devenu soudain public, mais par la fenêtre.
Le pari est limpide : acheter aujourd’hui l’IPO de demain à prix cassé. Sauf que la décote a viré à la surcote délirante. « Avec une prime pareille, le potentiel de gain disparaît », tranche Jack Shannon, responsable actions chez Morningstar. « C’est un instrument parfait pour les court-termistes, un piège pour qui veut vraiment s’exposer au tech privé. »

Le vc coté, nouveau parent pauvre de la maturité tech
Ben Miller, CEO de Fundrise, assume la fuite en avant : « Les boîtes resteront privées jusqu’à devenir des mastodontes. Inutile d’attendre une IPO rapide. » Pour lui, les fonds fermés cotés sont la passerelle obligée entre deux mondes qui se fuient. Preuve ultime : SpaceX prépare une entrée en Bourse géante à 50 milliards de dollars, mais d’ici là VCX offre déjà la « liquidité » promise, même si elle est purement spéculative.
La parade est en cours. Destiny Tech100, déjà listé, a perdu 75 % depuis son pic. Le fonds Robinhood visant Databricks et Ramp peine à lever le milliard promis. « Le marché public devient le prix référent, sauf que ce prix n’a aucun sens », résume Matt Malone, directeur des investissements chez Opto. La bulle n’est pas dans les start-up, elle est dans la réplication de leurs actions sur des flottants ridicules.
Fundrise, de son côté, n’émettra pas de nouvelles parts tant que la prime dépasse la stratosphère. « On avance pas à pas », répète Miller. Pas sûr que les investisseurs qui achètent VCX aujourd’hui aient le même luxe de calendrier : dans six mois, quand le lock-up tombera, l’offre de titres pourrait devenir un tsunami. Et la prime ? Elle s’évaporera aussi vite qu’une fusée de SpaceX en orbite basse.
