La guerre contre l’iran baptise l’ia comme arme absolue

Shyam Sankar ne parle pas comme un ingénieur, mais comme un historien qui sait que la page vient de se tourner. « Dans dix ans, on se souviendra que la première guerre pilotée par l’intelligence artificielle, c’est celle-là. » Directeur technique de Palantir, il lâche cette phrase à peine sorti du Hill and Valley Forum, ce rendez-vous de Washington où la Silicon Valley caresse le Pentagone. Personne dans la salle ne sourit : 52 millions de dollars de drones de reconnaissance viennent d’être commandés, et le système Maven – le cerveau algorithmique de Palantir – vient d’être officiellement promu « programme de record », garantissant un budget quasi automatique.

Maven, le cerveau qui cible avant les humains

Concrètement, Maven fusionne images satellites, flux de capteurs, signaux radio et réseaux sociaux pour proposer, en quelques secondes, une liste de cibles classées par probabilité de succès. Rien à voir avec le cliché du drone solitaire : il s’agit d’orchestrer des salves de 2 500 appareils, chaque trajet recalculé à mesure que le champ de bataille change. Sankar résume : « Ce que la supply-chain a fait à Amazon, Maven le fait à la guerre. » Traduction : réduire un processus bureaucratique de plusieurs mois à une poignée de clics.

Le revers de la médaille se lit chez Anthropic. L’éditeur du modèle Claude, intégré à Maven, vient d’être étiqueté « risque pour la chaîne d’approvisionnement » par le Pentagone. Motif : l’entreprise refuse de délier l’IA de garde-fous éthiques, ce qui freine les scénarios de tir automatique sans humain dans la boucle. Résultat : Palantir explore déjà un « Claude maison », tandis qu’Anthropic assigne le ministère en justice, audience mardi prochain. Le bras de fer pourrait coûter au géant des données sa principale engine cognitive.

154 Variantes de drones jetables, mode d’emploi darwinien

154 Variantes de drones jetables, mode d’emploi darwinien

Sankar ne s’en cache pas : il veut « sur-enchérir » sur le conflit. Il brandit le LUCAS, drone imprimé en résine, facturé moins de 500 dollars, conçu pour être lâché en essaim depuis un hélicoptère et foncer sur un radar jusqu’à l’impact. « À la fin de la guerre, seules dix formes valables survivront. Tant mieux, cela accélérera la sélection. » Le parallèle avec la Seconde Guerre mondiale est calculé : 154 modèles d’avions testés, dix retenus, victoire assurée. Palantir vient de commander 154 variantes différentes du LUCAS. La logique industrielle remplace la stratégie tactique.

Derrière la démonstration de force, une fracture silencieuse. Les grands laboratoires d’IA – OpenAI, DeepMind, Meta – poursuivent l’intelligence générale, cette chimère omnisciente. Sankar fulmine : « Ils remplissent le vide avec l’AGI et des scénarios de fin du monde. Pendant ce temps, nous avons une guerre à gagner aujourd’hui. » Le ton monte, l’assemblée applaudit, la guerre comme incubateur.

Reste la question que personne n’a formulée à voix haute : si Maven valide une frappe et que le rapport s’avère faux, qui ira en prison ? L’algorithme n’a pas de casier. C’est le seul moment où Sankar baisse les yeux, avant de regagner son stand, où un écran diffuse en direct les flux satellites au-dessus du détroit d’Ormuz. Les pixels verts clignotent. Une cible vient de changer de statut : « validée ». Le temps presse, l’IA aussi.