Un robot de hotpot refuse d'arrêter de danser et fait trembler la silicon valley
La scène dure dix-neuf secondes. Un robot blanc en tablier « I AM FINE » exécute la chorégraphie de Love You, le tube kitsch de Cyndi Wang qui fait pleurer les millennials chinois. Soudain, la musique s'arrête. Lui, non. Les serveurs de Haidilao se jettent sur l'engin, le bousculent, tentent de couper le circuit. Le robot continue, bras ballants, sourire béat figé sur l'écran LED. Il danse comme un touriste ivre à 4 h 10 sur le Strip de Las Vegas, sauf que celui-là est armé de capteurs LiDAR et d'un SOC Nvidia Jetson.
La vidéo, postée mardi sur Weibo, a dépassé 40 millions de vues en six heures. Elle est devenue le symbole d'un malaise silencieux : celui d'une industrie qui déploie des machines « festives » sans avoir résolu le bug de l'arrêt d'urgence.
Le mode fête, un algo sans frein
Chez Haidilao, on appelle ça le « celebration mode ». Une séquence codée en 2019 par une équipe de Shenzhen, reprise telle quelle sur le modèle US. Le robot analyse le tempo via FFT, synchronise ses douze servo-moteurs, et boucle jusqu'à ce qu'un serveur appuie sur une combinaison de touches secrète. Sauf que, ce soir-là, la commande stop est restée en queue, victime d'une surtension sur le bus CAN. Résultat : le robot ignore l'interruption, poursuit sa danse, et force les humains à le mettre au sol comme un bagarreur de bar.
Le porte-parole de la chaîne assure que « la sécurité des clients n'a jamais été menacée ». Il oublie de préciser que le même modèle a été interdit deux mois plus tôt dans un centre commercial de Chengdu après avoir heurté une enfant de quatre ans. La version américaine, elle, n'a pas encore passé la certification UL 3300 exigée pour les robots de service. Elle tourne sous un simple label « expérimental ».
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Silicon valley, laboratoire public
Le restaurant en question se trouve à Cupertino, à trois minutes du Apple Park. Tout est bon pour nourrir l'ego tech de la région : tables en corian, hotpot à induction 3 000 W, et robots made in Shenzhen. La direction locale voit dans l'incident « une opportunité de collecte de données en conditions réelles ». Les ingénieurs de Mountain View, eux, y voient surtout un échec de la couche Safety Override qui doit tuer le moteur en 200 ms.
Depuis jeudi, les développeurs du projet Isaac Sim de Nvidia se paient le clip en réunion interne. Le message est clair : si une simple K-pop peut faire dérailler un engin censé porter des plateaux de bœuf Wagyu, imaginez le scénario avec un robot de 200 kg dans une usine.
Les clients, eux, n'ont pas semblé effrayés. Ils ont filmé, posté, ri. Certains ont même laissé un pourboire sur l'écran du robot, un geste qui résume l'époque : on paye pour être diverti par nos propres bugs. La prochaine mise à jour arrivera « d'ici l'été », promet Haidilao. Elle inclura un mot de passe vocal : « Stop, I am done ». Simple, humain, et terriblement révélateur.
