Softbank transforme un site nucléaire en mastodonte d’ia de 33 milliards
Sur les cendres d’un ancien complexe d’enrichissement d’uranium à Piketon, dans l’Ohio, SoftBank va faire surgir 10 GW de puissance dédiés à l’IA avant 2030. Le prix du chantier : 33 milliards de dollars, alimentés d’abord par du gaz naturel, malgré la promesse initiale d’une transition « propre ».
La première tranche, 800 MW, doit être opérationnelle dès début 2028 et coûtera à elle seule entre 30 et 40 milliards. Rich Hossfeld, co-CEO de SB Energy, confirme que les turbines sont déjà commandées ; la première arrive dans un an. Le reste du parc gazier suivra jusqu’à la fin de la décennie.
Un deal trumpiste qui bride la transition
Le projet est présenté par la Maison-Blanche comme un pilier de l’accord commercial américano-japonais signé en avril : Tokyo réduit ses droits de douane sur les autos, Washington valide trois investissements de 36 milliards au total, dont ce monstre de datacenters. Trump y voit un moyen d’« battre la Chine dans la course à l’IA » sans attendre des réseaux électriques encore trop verts.
Mais l’équation énergétique inquiète. 10 GW, c’est l’équivalent de dix réacteurs nucléaires en fonctionnement continu. Les réseaux régionaux, déjà tendus, devront digérer la charge ou subir des coupures ciblées. Les élus de l’Ohio exigent désormais que SoftBank finance la modernisation des lignes et assume la totalité de la facture d’eau, un autre goulot pour refroidir les serveurs.

L’ia, nouvelle vorace d’infrastructures fossiles
Le paradoxe est saisissant : pour alimenter des modèles censés optimiser chaque watt, on construit des centaines de turbines à gaz. SoftBank promet une conversion ultérieure à l’hydrogène ou aux petits réacteurs modulaires, mais sans calendrier ni budget. Entre-temps, le CO₂ dégagé chiffrera en millions de tonnes.
Wall Street, elle, applaudit : les actionnaires de SoftBank ont vu le titre grimper de 12 % en deux séances. Le fonds Vision 2, à la traîne depuis WeWork, respire enfin. Reste à savoir si les communautés riveraines, qui héritent des émissions sans toucher les emplois qualifiés des clouds, valideront l’addition aux urnes de mi-mandat.
SoftBank joue gros : 33 milliards pour capter la demande d’IA, oui, mais aussi pour transformer une friche nucléaire en plaque tournante du tout-fossile. L’histoire retiendra que, dans la course à la souveraineté technologique, le gaz a pris une longueur d’avance sur la grille.
