La guerre au golfe plonge les bourses dans le rouge et l’or dans l’oubli

Les marchés globaux flirtent avec une troisième semaine de repli, leur pire séquence depuis douze mois, tandis que les flammes iraniennes embrasent les raffineries et les prix de l’énergie s’envolent vers des sommets que l’on croyait désuets. L’indice MSCI All Country World recule de 0,4 % depuis lundi ; un chiffre anodin en temps normal, mais révélateur d’une frayeur à peine contenue quand les contrats à terme sur le pétrole flirtent avec 108 dollars le baril.

Netanyahu promet la fin rapide, trump refuse les bottes au sol

Benjamin Netanyahu assure qu’Israël ne visera plus les infrastructures énergétiques et que Téhéran est déjà incapable d’enrichir l’uranium. Donald Trump, de son côté, clame qu’aucune brigade américaine ne foulera le sol iranien. Les déclarations rassurantes, à peine formulées, se heurtent à la réalité des foyers qui continuent de consumer les unités de raffinage de Kuwait et Bahreïn. Le feu à l’installation Al Ahmadi, éteint vendredi matin, a suffi à faire bondir les primes de ris des assureurs maritimes de 15 % en une séance.

Le message est clair : la parole des politiques ne vaut plus le baril de Brent. Les traders ont compris que la guerre énergétique se joue désormais dans les airs, avec des drones bon marché capables de paralyser 5 % de la production mondiale en moins d’une heure. Résultat : les hedge funds s’emparent de positions « longues » record sur le pétrole américain, tandis que l’or, pourtant refuge historique, subit sa plus forte chute hebdomadaire depuis six ans. Le métal jaune perd son aura quand même la Fed laisse entendre qu’elle pourrait maintenir ses taux plus haut que prévu pour endiguer la poussée inflationniste.

L’inflation revient au galop et les banques centrales piégées

L’inflation revient au galop et les banques centrales piégées

Joachim Nagel, au sein du Bundesbank, évoque ouvertement une hausse des taux directeurs dès le prochain conseil de la BCE si le choc pétrolier se prolonge. Au Royaume-Uni, le taux à deux ans grimpe à 4,40 %, son plus haut depuis la crise Truss. L’Australie, elle, voit le rendement de ses bonds à 10 ans frôler les 4,8 %, un niveal inconnu depuis 2009. Les banquiers centraux rêvaient d’une désinflation tranquille ; ils héritent d’un spirale prix-salaires ravivée par la peur du manque.

L’Inde, première victime collatérale, voit sa roupie plonger sous les 93 unités par dollar. Les ménages se battent pour s’approvisionner en bouteilles de gaz de cuisine ; les compagnies aériennes répercutent 20 % de majoration sur le kérosène en à peine deux semaines. La demande de pétrole iranien, théoriquement sous embargo, est soudainement devenue la variable d’ajustement préférée de Washington : Scott Bessent, secrétaire au Trésor, envisage de lever les sanctions pour faire baisser la facture énergétique avant l’été.

Wall street joue son « witching friday » sur un champ de mines

Wall street joue son « witching friday » sur un champ de mines

Vendredi soir, près de 3 000 milliards de dollars d’options arrivaient à échéance sur les places américaines. Ce « triple witching » habituellement technique s’est mué en test de résistance : les market-makers ont ajusté leurs modèles de volatilité à la hausse toutes les deux heures, chaque déclaration de Netanyahu ou de Trump déclenchant une rafale d’ordres algorithmiques. Le S&P 500 a fini sur un gain symbolique de 0,2 %, mais le volume échangé dépasse la moyenne mensuelle de 40 % : les fonds de pension se débarrassent des valeurs technologiques, pressentis comme les prochaines victimes d’une révision des bénéfices à la baisse.

Alibaba, bouc émissaire de la séance, s’effondre de 6,7 % à Hong Kong après des ventes trimestrielles décevantes. Le géant chinois devient l’archétype du risque « double peine » : guerre commerciale persistante et surcoût logistique lié à la fermeture du détroit d’Ormuz, où les assureurs exigent désormais une surprime de 400 000 dollars par passage pour un tanker moyen.

La leçon ? Les cambistes n’attendent même plus la fin officielle du conflit. Ils parient que la prochaine flambée viendra des stocks américains de pétrole stratégique, déjà à leur plus bas niveau depuis 1983. Et pendant que Scott Bessent promet « flexibilité » sur l’embargo iranien, les traders préparent l’option ultime : un baril à 130 dollars avant même que les négociateurs ne rentrent dans la salle. Les marchés ne croient plus aux discours ; ils mesurent le vide laissé par chaque drone et comptent les jours avant qu’un nouveau rayon ne frappe les cuves de Abqaiq. La guerre, désormais, se chiffre en calories et non en idéologies.