Apple plie l’acier, huawei réplique : la guerre des iphone foldables débute en coulisses

Les chaînes de montagne de Shenzhen bourdonnent déjà. Le premier iPhone pliable vient de franchir le cap de la production de masse, et Huawei — pas homme à laisser passer une onde de choc — prépare deux nouveaux Pura pour contre-attaquer avant l’été.

Un écran géant qui se glisse dans une poche

Contrairement au galbe vertical du Mate X, le futur portable d’apple se déplie en largeur, offrant d’un seul geste la diagonale d’un iPad mini. Les lignes de fuite obtenues par Ben Geskin montrent un joint quasi invisible : la marque à la pomme a enfin résolu l’énigme du pli central, en laminant deux dalles OLED avec un film à cristaux liquides dont la tension varie en continu. Résultat : un appareil de 7,9 mm fermé, 4,5 mm ouvert, sans la rainure caractéristique des Galaxy Z.

Cette prouesse technique a mis le feu aux laboratoires de Huawei. L’entreprise de Shenzhen valide en ce moment deux prototypes : un Pura X2 qui prolonge la formule « grand écran externe » du modèle actuel, et un second modèle — nom de code Pura Fold — calqué sur la silhouette horizontale du futur iPhone. Objectif : sortir les deux appareils entre septembre et octobre, juste à la rentrée de Cupertino.

Le camouflage passe par la couleur

Le camouflage passe par la couleur

Si la fiche technique du X2 reste sous le boisseau, les chaînes d’approvisionnement évoquent déjà une palette agressive : orange cuivré et violet néon, deux teintes absentes du catalogue apple, qui jouera au départ la carte classique noir et blanc. Une manière d’occuper le créneau « lifestyle » pendant que Samsung prépare son Galaxy Z Wide Fold, troisième candidat à la bataille des écrans XXL.

La manœuvre est risquée. Huawei n’a plus accès aux puces 5G de TSMC et doit bricoler des solutions hybrides ; ses dernières Kirin gravées en 7 nm consomment 15 % de plus que la génération précédente. Mais le constructeur mise sur une rentabilité rapide : le prix de vente cible est de 1 299 €, soit 400 € de moins que l’iPhone foldable annoncé à 1 699 €. La marge se trouve dans l’économie d’échelle : Huawei produira presque deux millions d’unités dès le premier trimestre 2025, contre 800 000 pour apple.

Les pliables deviennent (presque) normaux

Les pliables deviennent (presque) normaux

Il y a trois ans, un télépliant coutait l’équivalent d’un scooter électrique et s’abîmait au moindre grain de poussière. Aujourd’hui, l’Honor Magic V6, l’Oppo Find N6 et le prochain Vivo X Fold 3 affichent des charnières certifiées 400 000 cycles et des dalles ultra-minces protégées par de l’UTG (ultra-thin glass) trempé à 600 °C. Le pli ne disparaît pas, mais il s’efface à tel point que les vidéos en 4K restent lisibles à la lumière du soleil.

apple n’a pas inventé le pliable ; il le normalise. D’ici deux ans, un écran flexible sera aussi banal qu’un téléphone sans fente jack. Les usines chinoises l’ont compris : elles doublent les capacités de presses à injecter polymère et commandent des bobines de OLED de 8,7 pouces par millions. La guerre des brevets fait rage — Samsung détient 1 800 dépôts, Huawei 1 200, apple 950 — mais la vraie bataille se joue sur la chaîne logistique. Celui qui produira le plus vite et le moins cher verra ses écrans se retrouver, demain, chez la concurrence.

Et pendant que les géants s’écharpent, le consommateur y gagne : le prix moyen d’un pliable vient de chuter de 22 % en un an. On n’attend plus la révolution ; on la plie et on la met en poche.