Le proche-orient s'effondre : 200 milliards de dollars évaporés en deux mois de guerre

Cent vingt à cent quatre-vingt-quatorze milliards de dollars de PIB arabes partis en fumée. C’est la facture que le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) présente ce mardi à l’aube, après avoir simulé les dommages d’un conflit ouvert entre les États-Unis, Israël et l’Iran commencé le 28 février. Deux mois suffisent à effacer quinze ans d’efforts de diversification économique.

Le golfe et le levant dans le viseur

Les simulateurs du PNUD ont testé trois scénarios : escarmouche rapide, guerre aérienne prolongée, blocus total du détroit d’Ormuz. Résultat : dans tous les cas, le Conseil de coopération du Golfe (CCG) et les pays du Levant perdent plus de 5,2 % de leur richesse annuelle. Le Qatar, qui avait fini 2024 avec un excédent budgétaaire, basculerait en déficit de 9 %. Le Liban, déjà en cessation de paiement, verrait son PIB reculer de 7 % supplémentaires, plongeant 400 000 personnes sous le seuil de pauvreté.

La clef du désastre tient à deux pipelines. Le premier, East-West Petroline, transporte 5 millions de barils par jour depuis les champs saoudiens jusqu’à la mer Rouge. Le second, Arab Gas Pipeline, alimente en méthane Jordanie, Syrie et Liban. Deux infrastructures que Téhéran peut faire taire en moins de 72 heures via ses milices satellites ou des drones low-cost. Le prix du baril a déjà grimpé de 18 % depuis l’attaque initiale ; le méthane liquéfié bondit de 34 % sur les marchés spot.

Derrière les pourcentages, des vies. Le PNUD estime que 3,6 millions d’emplois disparaîtront, dont 60 % chez les 15-29 ans. Le chômage régional, déjà à 12 %, grimperait de quatre points, une hémorragie que les monarchies du Golfe ne pourront pas absorber même en accélérant leur « Saudisation » ou « Omanisation » de la fonction publique. Rappel : chaque point de chômage supplémentaire coûte 1,3 milliard de dollars de consommation en Arabie saoudite. Multipliez par quatre.

Ormuz, la gorge ouverte du monde

Ormuz, la gorge ouverte du monde

Fermer le détroit d’Ormuz, c’est priver la planète de 20 % de son pétrolier quotidien et 25 % de son gaz naturel liquéfié. L’ONU calcule que chaque semaine de fermeture ajoute 4 % au prix mondial du blé et 6 % à celui des engrais azotés. Conséquence directe : l’Égypte, plus grand importateur de blé mondial, devra débourser 2,1 milliards de dollars supplémentaires cette année pour nourrir ses 104 millions d’habitants. Le Soudan, déjà en famine, verra sa facture alimentaire doubler.

Le détail que personne ne lit : les compagnies d’assurance maritime ont déclenché la clause « additional war risk premium ». Résultat, le fret entre Dubai et Rotterdam passe de 2 800 à 9 400 dollars par conteneur. Cette surcharge alimente déjà l’inflation en Europe, mais c’est au Maghreb que le choc sera le plus vif, car la Tunisie et l’Algérie importent 70 % de leurs biens de consommation via des routes contenant forcément Ormuz.

Abdallah Al Dardari, directeur régional du PNUD, résume la spirale : « Une guerre courte produit une crise longue. » Traduction : même si les bombardements s’arrêtent demain, les investisseurs mettront trois à cinq ans avant de revenir. Les fonds souverains, déjà frileux, ont commencé à déplacer leurs liquidités vers la bourse indienne et les obligations d’État américaines. Le Koweït a vendu 12 milliards de dollars de Treasury bills en une semaine, un signal que les marchés lisent comme un désengagement stratégique.

Le plus ironique ? L’industrie militaire locale profite du chaos. Les contrats d’armement signés par Riyad et Abou Dhabi depuis mars dépassent déjà 28 milliards, un record. On bombarde des pipelines pour ensuite vendre des missiles censés les protéger. Le cercle est bouclé. Pendant ce temps, les files d’attente devant les boulangeries d’Amman s’allongent, et les hôpitaux libanais éteignent leurs générateurs faute de carburant.

La facture finale, c’est quatre millions de citoyens arabes supplémentaires sous le seuil de pauvreté. Soit une Algerie entière. Le PNUD clôt son rapport sans appel : « La croissance ne reviendra pas tant qu’Ormuz reste une plaque tournante militaire plutôt qu’un passage commercial. » Le message est clair ; le prix du silence aussi.