Crise agricole mondiale : le conflit iran-israël menace la sécurité alimentaire

Le monde agricole est au bord du gouffre. Alors que les récoltes d'automne s'annoncent maigres, la guerre entre l'Iran et Israël plonge l'agriculture mondiale dans une spirale d'incertitudes, exacerbant une situation déjà fragilisée par le changement climatique et la pénurie de matières premières. Les agriculteurs, du Punjab à l'Ethiopie, sont pris au piège d'une crise qui pourrait se traduire par une flambée des prix alimentaires et une famine généralisée.

Le détroit d'ormuz, nœud vital de l'approvisionnement

Le cœur du problème réside dans le détroit d'Ormuz, cette voie maritime étroite par laquelle transite environ un cinquième des exportations pétrolières mondiales et près d'un tiers du commerce international d'engrais. La décision de l'Iran de restreindre le passage, en représailles aux frappes américano-israéliennes, a créé un choc d'ampleur mondiale. L'impact est immédiat : les prix de l'essence s'envolent, mais c'est surtout l'accès aux engrais qui est menacé, un enjeu vital pour la production agricole.

Carl Skau, sous-directeur exécutif du Programme Alimentaire Mondial, tire la sonnette d'alarme : « Dans le pire des cas, cela signifie des rendements plus faibles et de mauvaises récoltes la saison prochaine. Dans le meilleur, les rendements amoindris se traduiront par une augmentation des prix alimentaires l'année prochaine. » L'ironie est cruelle : cette crise survient au moment où les agriculteurs du nord de l'hémisphère se préparent à la saison des semailles, une période cruciale pour assurer la sécurité alimentaire.

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L'inde et l'ethiopie, au bord du précipice

En Inde, Baldev Singh, un agriculteur de riz de 55 ans, témoigne de l'angoisse qui ronge la communauté agricole : « Si le gouvernement ne peut pas subventionner les engrais lorsque la demande sera à son plus haut point en juin, les petits agriculteurs, qui constituent la majorité de notre pays, ne pourront pas survivre. » La situation est tout aussi critique en Ethiopie, où plus de 90 % des besoins en engrais azotés sont importés du Golfe Pérsique via Yibuti. Là, la saison des semailles est déjà entamée, et les champs sont désespérément à court d'engrais.

Les nutriments essentiels sous menace : Le blocage du détroit d'Ormuz affecte particulièrement les engrais à base d'azote et de phosphore, indispensables à la croissance des plantes. La production d'urée, l'engrais le plus commercialisé, est particulièrement impactée par les retards d'expédition et l'augmentation vertigineuse du prix du gaz naturel liquéfié, une matière première essentielle à sa fabrication. Chris Lawson, de CRU Group, estime que le conflit a restreint environ 30 % du commerce mondial d'urée.

Un avenir incertain, des solutions limitées

Un avenir incertain, des solutions limitées

Même après la fin du conflit, les producteurs du Golfe Persique exigeront des garanties de sécurité claires avant de reprendre les exportations. Les coûts d'assurance, eux, augmenteront inévitablement, ajoutant une pression supplémentaire sur les prix. La Chine, principal producteur mondial d'engrais azotés et phosphatés, privilégie son approvisionnement intérieur, retardant potentiellement la reprise des exportations.

Hanna Opsahl-Ben Ammar, de Yara International, souligne la fragilité du système alimentaire : « Le système alimentaire est fragile et dépend de chaînes d'approvisionnement stables pour garantir que les agriculteurs puissent produire les aliments dont le monde a besoin. » L'impact se fait déjà sentir en Europe et aux États-Unis, où la saison de semailles est en cours. Dirk Peters, un agronome allemand, déplore : « Nos cultures ont besoin de cet apport d'azote pour bien démarrer, et cela avant la fin de l'été. »

Alors que les prix des céréales restent relativement bas, les marges des agriculteurs sont comprimées, les forçant à opter pour des cultures moins gourmandes en engrais ou à réduire les quantités appliquées, au risque de compromettre les rendements. La menace d'une flambée des prix alimentaires plane, et les perspectives de solutions rapides sont maigres. Le monde est face à une crise agricole d'une ampleur inédite, dont les conséquences pourraient se faire sentir pendant des années.

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