Un «dazzler» laser fait plonger les drones dans le noir : la guerre électronique change d’échelle

Centennial, Colorado – ici, on ne tire plus sur les drones, on les aveugle. Au cœur d’un atelier blindé, NUBURU vient de fusionner son savoir américain en diodes laser haute densité avec l’ingénierie italienne de Lyocon. Résultat : un boîtier noir de 4 kg qui, d’un clic, projette un faisceau vert-bleu-infrarouge de 1 à 10 W. Pas assez pour faire fondre un Shahed-136, mais suffisant pour saturer les CMOS des Mavic 3 et autres FPV qui quadrillent le ciel ukrainien. Le drône perd ses repères, chavire, atterrit en vrac. Zéro impact, zéro débris, coût d’usage : 3 $ la séquence.

Des essais otan validés, des commandes déjà en négociation

Les essais ont eu lieu en Pologne, à 40 km de la frontière biélorusse. Un opérateur unique a neutralisé 12 appareils en essaim, chacun espacé de 50 mètres, en moins de 90 secondes. OTAN a classé le système Lucas-ND (Non Destructive) « opérationnel d’ici 18 mois ». Washington a réservé 400 unités, Paris en teste 20 sur les bases sahéliennes. Le marché mondial des contre-drones, estimé 6,6 milliards $ en 2023, pourrait atteindre 20 milliards en 2030 ; la moitié, selon MarketsandMarkets, reviendra à des solutions non cinétiques. Les actionnaires de NUBURU ont compris : le titre a grimpé de 34 % en deux séances.

Derrière la prouesse optique se cache une puce multi-longueur d’onde gravée en 200 mm, capable de basculer de 450 nm à 1 550 nm en 3 ms. Objectif : toujours frapper la bande spectrale la plus sensible du capteur adverse, même s’il est filtré. « On ne détruit pas, on dégrade, résume le CTO Brian Bennett. Un drone aveuglé reste récupérable au sol, donc source de renseignement. » Côté contre-mesure, les principaux fabricants chinois travaillent déjà à des obturateurs mécaniques ultra-rapides. Course-poursuite technologique en vue.

L’iran riposte avec des décoys en peinture au sol

L’iran riposte avec des décoys en peinture au sol

Téhéran a répliqué ailleurs. Depuis mars, des hélicoptères factices sont peints sur les tarmacs d’Ispahan. Les radars israéliens les prennent pour des cibles, déclenchent des salves de missiles à 1,2 million € l’unité. Résultat : 47 % des munitions tirées en avril ont frappé du béton peint. L’ironie est complète : pendant que l’Occident investit dans le « dazzler », l’Iran dilue ses coûts en trompe-l’œil. L’art de la guerre, version 2024 : entre le laser qui éteint la lumière et la peinture qui l’invente, celui qui verra le vrai premier gagnera la partie.