Un an de oneplus : pourquoi l’épilogue d’un mythe commence à new delhi
Robin Liu a tiré la porte. Pas un claquement, un soupir. Le patron d’OnePlus Inde, marché jadis considéré comme le coffre-fort de la marque, a démissionné le 3 janvier à 9 h 17, heure locale. Trente minutes plus tard, un « internal review » fuyait sur la messagerie interne : 30,5 % de parts de marché perdus en douze mois, laboratoires R&D de Bangalore réduits de 62 %, et une note de service qui glissait le mot « rationalisation globale » entre deux lignes de remerciements. Le tout, ponctué d’un démenti officiel qualifiant l’étude de « faux document ». Bienvenue dans l’année où OnePlus, icône des férus d’Android, se cherche un dernier souffle.
Le rapport qui a fissuré la façade
Android Headlines a publié l’analyse le 5 janvier. 42 pages, chiffres internes, signatures grisées. Elle révèle que l’intégration de Realme au sein d’Oppo, annoncée en clôture du CES 2026, cache un plan de réduction des effectifs déjà enclenché : 380 ingénieurs sur 600 licenciés à Shenzhen, 220 à New Delhi. La source ? Un directeur produit qui a emporté son SSD en partant. Résultat : un silence de plomb chez OnePlus, interrompu seulement par un communiqué lapidaire assurant que « la division Amérique du Nord reste pleinement opérationnelle ». Le même jour, Yogesh Brar, fuiteur historique des marques chinoises, balance sur X : « OnePlus va se recentrer sur la Chine, le reste du monde passera en mode low-cost ou disparaîtra. »
Deux heures après, le hashtag #OnePlusIsDead grimpe en tête des tendances tech en Inde. Les fans postent des photos de leur OnePlus 9R accompagnées d’un simple « RIP ». Le stock de smartphones sur Flipkart chute de 18 % en trois jours : liquidations silencieuses ou début de fin ?

Oneplus 15t : un lancement funèbre en direct
Mardi 13 janvier, 11 h 30, Pékin. Le OnePlus 15T est présenté en streaming depuis un studio de Chaoyang. Écran AMOLED 6,32 pouces, SoC Snapdragon 8 Gen 4, double capteur 50 Mpx, prix de lancement : 2 999 yuans (385 euros). Le direct compte 34 000 spectateurs, soit six fois moins que le 12T l’année précédente. Aucune mention d’une disponibilité européenne, aucune slide « Global rollout ». Le présentateur conclut par : « Nous continuerons à servir nos utilisateurs où qu’ils soient. » Le conditionnel n’a jamais sonné aussi définitif.
L’ironie : la tablette Pad Pro, surnommée l’« iPad killer » par la presse locale, reste en stock trois semaines après sa sortie. Le prix a été bradé à 299 euros sur Amazon ES, preuve que les entrepôts européens se délestant avant la fermeture.

Ce que le chiffre dit sans le dire
2019 : OnePlus domine le segment premium indien (>30 000 roupies) avec 35 % de parts. 2024 : 11 %. 2026 : 6,2 %. La chute est vertigineuse, mais le signal le plus brutal reste le retrait de la garantie prolongée en Europe prévu pour mars. Les serveurs OxygenOS continueront les mises à jour « au moins jusqu’en 2027 », promet un footnote du site UK. Footnote, pas headline.
Et pendant ce temps, Oppo reçoit 1,2 milliard de dollars de la joint-venture avec Tencent pour développer… des lunettes AR. Le message est clair : la priorité n’est plus le téléphone.

Laurent berbon
J’ai couvert OnePlus depuis sa genèse en 2013. J’ai vu naître le « Never Settle » sur des invitations en bambou, j’ai testé le OnePlus 3 dans un hôtel de Odesa pendant une guerre de prix avec Samsung. Aujourd’hui, la scène est autre : les communautés Reddit ferment leurs groupes d’achat groupé, les revendeurs gray-market de Shenzen écouchent leurs stocks de 15T à prix coûtant. Le mythe s’effiloche, mais il le fait sans drame, sans larme, avec la froideur d’un tableau Excel qui bascule dans le rouge. Le prochain chapitre ? Peut-être une marque fantôme, peut-être une niche pour geek nostalgique. Ce qui est sûr, c’est que le OnePlus 16 ne sera pas présenté dans une salle comble ; il sera mis en ligne à minuit, sans discours, sans CEO, sans illusion. L’histoire aura duré treize ans. Assez pour une adolescence, trop court pour une légende.
