Thales déploie un cerveau nomade pour déminer l’ormuz sous tension
L’étau se resserre autour du détroit d’Ormuz. Tandis que Téhéran disperse ses mines magnétiques et que le prix du baril flambe, la France vient de livrer à la Royal Navy et à la Marine nationale un outil de déminage aussi discret qu’un sac de sport et aussi rusé qu’un chef d’état-major : l’Expeditionary PathMaster.
Un qg pliable qui tient dans un container
Imaginez un centre opérationnel complet – consoles, serveurs, IA, liaison satellite – capable de se replier en deux caisses de 1,5 m de long. C’est l’e-POC, le cœur du système Thales. Une fois déplié sur le pont d’un frégate ou dans une cale de L-CAT, il pilote à distance une nuée de robots marins : drones de surface, ROV, sonars traînants, voire des sous-marins autonomes de fabricants concurrents. Aucun marin ne plonge, aucun plongeur n’approche la bête. Le risque passe du humain à l’algorithmique.
La démonstration s’est faite en juin dans les eaux lituaniennes. En trois heures, un équipage de six marins a installé l’e-POC sur un RIB, lancé le USV Atlas, déployé le sonar SAMDIS et identifié dix objets suspectés, dont deux vraies mines exercice. Le tout sans couper le trafic commercial. « Nous avons abattu en une matinée le travail d’un chasseur de mines classique en 48 heures », glisse un officier français présent sur place.

L’ia cortaix voit ce que l’œil sonar ne distingue plus
Le secret ne tient pas dans le hardware – des échos de 600 kHz on en trouve depuis vingt ans – mais dans le traitement. Le logiciel Mi-Map ingère les flux bruts du SAMDIS, applique un réseau de neurones entraîné sur 120 000 images de mines, et renvoie une classification avec 99 % de fiabilité. Le temps d’analyse est divisé par quatre. Résultat : la durée de mission fond de 72 à 18 heures, et le nombre de fausses alertes s’effondre de 35 à 3 %.
Derrière, le module M-Cube orchestre jusqu’à six séances d’analyse parallèles, met à jour la carte de menace en temps réel et la pousse vers les téléphones portables des équipages. Une antenne Starlink embarquée assure le lien, chiffré jusqu’aux bords par une couche cortAIx Cyber, le même socle qui protège les satellites Syracuse.
Pour Sébastien Guérémy, vice-président Guerre sous-marine chez Thales, « l’enjeu n’est plus de déminer, mais de décider plus vite que l’adversaire ne pose ses engins ». Traduction : si l’Iran seme 300 mines, PathMaster promet d’en neutraliser 250 avant même que le pétrolier Front Altair n’ait levé l’ancre.

Londres commande quatre systèmes complets avant l’été
La Royal Navy a signé le chèque en avril : 96 millions d’euros pour quatre kits complets, livraison prévue d’ici octobre. Chaque kit comprend un USV de 12 mètres, un TSAM, un ROV et l’e-POC. La Marine nationale suit de près avec une commande conditionnelle de trois systèmes supplémentaires si la phase océan Indien – prévue cet hiver – confirme les promesses. Le tout se plugue aux futurs chasseurs de mines SLAM-F commandés à 13 exemplaires.
Le ministère des Armées table sur un retour sur investissement immédiat : chaque jour de fermeture du détroit coûte 1,2 milliard de dollars de perte de fret. PathMaster, promet-il, peut rouvrir la voie en 24 heures. La facture tombe alors comme une évidence.
Reste la course aux contremesures. L’Iran teste des mines intelligentes qui modulent leur signature magnétique, voire se déplacent à faible vitesse. Thales répond par une mise à jour mensuelle du réseau de neurones, nourrie par les retours d’exploitation des navires clients. Une guerre de logiciels sous l’eau, livrée en hot-fix.
Alors que l’OTAN relance le groupe de travail MIW-X et que la Chine déploie ses propres drones d’entraînement dans la mer de Chine méridionale, PathMaster devient le passeport européen pour garder la main sur les couloirs maritimes. Le message est limpide : qui maîtrise les données, démine le monde.
