Telegram devient le supermarché des arnaques en ligne et l’état espagnol tape du poing
500 000 canaux clôturés chaque jour, 3 millions de liens d’invitation circulant dans les souterrains du web, 22 % des escroqueries bancaires espagnoles tracées jusqu’à une seule appli : Telegram n’est plus seulement une messagerie, c’est un empire parallèle que Madrid cherche à faire plier.
Depuis janvier, Pavel Durov hurle au « état de surveillance ». Le cri d’alarme du fondateur a atterri directement dans les téléphones de chaque utilisateur, comme une déclaration de guerre contre la nouvelle régulation. Pendant ce temps, le gouvernement de Pedro Sánchez teste HODIO, son outil de mesure automatisée de la haine en ligne. Objectif : cartographier l’indésirable. Résultat : Telegram occupe tout l’écran.
Check point dégaine les chiffres qui font mal
Le rapport publié hier par la firme israélienne est glaçant. Un canal sur cinq banni ces dernières semaines avait un pied dans le carding, le commerce de données volées ou le hacking-as-a-service. Les opérateurs de SOC – ces centres de surveillance qui veillent sur les entreprises – sont sommés d’intégrer Telegram à leurs radars. « Ignorer la plateforme revient à fermer les yeux sur une autoroute de malwares », tranche un analyste sous couvert d’anonymat.
La multiplication par cinquante des suppressions quotidiennes témoigne d’un effort inédit. Mais la hydre s’adapte plus vite que l’épée. Les escrocs recyclent pseudos, liens, serveurs. Ils rebondissent sur Discord, Signal ou Matrix, puis reviennent. La preuve : la part de Telegram dans les échanges criminels reste quatre fois supérieure à celle de toutes ses concurrentes réunies.

L’étau se resserre, la rue réagit
En coulisses, la CNMC espagnole prépare une mouture de la loi « audiovisuelle » qui pourrait imposer à Telegram des modérateurs permanents, à l’instar de ce qu’exige Berlin pour WhatsApp. Bruxelles, de son côté, examine un filtre européen de signaux financiers suspects. L’enjeu : faire plier Durov sans froisser les 10 millions de comptes espagnols qui utilisent l’appli pour autre chose que frauder.
Lo que nadie cuenta es que derrière les grands chiffres se cachent de petites tragédies. María, 72 ans, a perdu 28 000 € en cliquant sur un faux canal d’investissement en crypto. « Je croyais que Telegram était sécurisé, ils affichaient le logo de ma banque », raconte-t-elle au téléphone. Son dossier traîne au bureau du juge numéro 4 de Madrid, noyé dans une pile de 1 400 plaintes identiques.
La guerre est donc loin d’être gagnée. Hier encore, un nouveau canal « Amazon Premium Espagne » apparaissait, promettant 90 % de réduction. Il avait 45 000 membres avant que Check Point ne le signale. Temps de réaction de Telegram : 21 heures. Assez pour que 300 cartes bancaires aient été piratées. La cote de popularité de l’appli chute de 3 % sur le Play Store. Le Parquet national espagnol, lui, engrange 200 nouvelles enquêtes par mois.
Contrairement aux pronostics, la fuite des utilisateurs vers des messageries ultra-sécurisées n’a pas eu lieu. La facilité l’emporte. Les arnaqueurs l’ont compris : ils ne migreront pas tant que 700 millions de cibles restent à portée de clic. Madrid peut alourdir les amendes, Bruxelles peut menacer de bannir l’appli des stores : tant que Durov tiendra le royaume, le business des escrocs tournera. Leur seule contrainte, c’est la même que celle des flics : la vitesse du swipe.
