Super micro computer s'effondre après un trafic de puces vers la chine
Wall Street a assisté vendredi à un carnage boursier chez Super Micro Computer : –27 % en une séance, un effondrement qui clôt une année chaotique pour le spécialiste du matériel IA. Le titre, qui gagne encore 5 % depuis janvier, a perdu 23 % sur douze mois. La faute à un coup de filet du FBI : l’un des cofondateurs, Charles Liang, et deux collaborateurs ont été interpellés pour exportation illégale de composants vers la Chine.
Des puces interdites expédiées à pékin
La plainte, déposée en Californie, évoque des circuits conçus pour l’apprentissage profond, classés « munitions » par le département du Commerce. Ruei-Tsang « Steven » Chang, directeur commercial basé à Taïwan, et Ting-Wei « Willy » Sun, prestataire, auraient monté un réseau de sociétés-écrans pour contourner l’embargo. Les enregistrements clandestins révèlent des discussions sur des serveurs capables de 8 petaflops, livrés à des centres de données militaires chinois. Le tout facturé 89 millions de dollars entre 2021 et 2023, selon l’acte d’accusation.
Super Micro a réagi à la volée : licenciement immédiat des deux salariés, rupture de contrat avec Sun, diffusion d’un communiqué soulignant que la société « n’est pas inculpée ». Les investisseurs n’ont pas daigné écouter : 6,3 milliards de dollars de capitalisation évaporés en trois heures. Le volume d’échange a dépassé 1,2 milliard d’actions, un record absolu pour le Nasdaq.

Un passé déjà marqué par la fraude
Ce n’est pas la première fois que SMCI frôle le gouffre. En 2020, la SEC l’avait épinglée pour gonflement précoce des revenus et maquillage des marges. L’amende : 17,5 millions. En août 2024, le fonds spéculatif Hindenburg Research publiait une enquête de 38 pages, accusant la direction de solder des stocks obsolètes en les requalifiant « produits neufs ». Le titre s’était alors effondré de 32 % en deux jours.
Cette fois, l’enjeu est géopolitique. Washington vient d’interdire la vente de GPU H100 à la Chine ; Pékin réplique en développant ses propres puces, mais a encore besoin de composants américains pour graver les wafers de 3 nm. Le cas SMCI illustre la guerre par procuration que se livrent les deux puissances via leurs start-up et leurs réseaux de sous-traitants.
Les analysts de JPMorgan ont aussitôt abaissé leur objectif de 650 à 380 dollars, évoquant « un risque réglementaire structurel ». Le consensus Bloomberg fait état de six ventes contre deux achats. Le titre ferme à 346 dollars, au plus bas depuis mars 2023. La société, qui détient 1,1 milliard de liquidités, pourrait encaisser l’onde de choc, mais la réputation est à terre. Comme le résumait un trader anonyme au pied de la sculpture Fearless Girl : « Quand le FBI frappe à la porte, même l’IA ne sauve pas l’action. »
