Spacex se prépare à décrocher la lune financière : 75 milliards sur le starting-block

Elon Musk va transformer la bourse en pas de tir. Cette semaine, SpaceX dépose son prospectus d’introduction : 75 milliards de dollars visés, 1 750 milliards de valorisation ciblée. Un record qui ferait rougir Saudi Aramco.

Personne n’avait vu la cible aussi haute. Les banques circulaient sur 50 milliards il y a quinze jours. La nouvelle fourchette, révélée par The Information, signe la confiance de Musk dans la soif du marché pour un actif qui, jusqu’ici, ne versait pas un centime de dividende.

Le pari repose sur deux leviers. D’abord, Starlink, la constellation de 5 400 satellites qui fournit déjà la moitié du chiffre d’affaires et dont le flux de trésorerie couvre désormais le coût de lancement des fusées. Ensuite, les contrats publics : la NASA et le Pentagone ont signé pour 15 milliards de dollars de missions jusqu’en 2030, transformant SpaceX en quasi-monopole de la navette américaine.

Mais le prospectus va devoir répondre à une question qui brûle les lèvres des investisseurs : Musk va-t-il diluer SpaceX pour financer xAI, son chatbot concurrent de ChatGPT ? Le rapprochement déjà opéré avec Grok, absorbé en février, laisse penser que la trésorerie du spatial pourrait alimenter la course à l’intelligence artificielle, un secteur où chaque milliard brûle en quelques trimestres.

Le risque : un empire tenu par une seule fusée

Le risque : un empire tenu par une seule fusée

La genèse du dossier révèle une fragilité masquée. Toute la valorisation repose sur Starship, le géant de 120 mètres qui n’a pas encore réussi un atterrissage intact. Un échec lors du prochain vol orbital, prévu cet été, ferait chuter la valoriation de 30 % en séance selon deux gérants de fonds consultés. L’IPO devient alors une course contre la montre : lever l’argent avant la prochaine explosion, ou reporter sine die.

Wall Street, pour l’instant, se bouscule. Les ordres indicatifs dépassent déjà l’offre de trois fois, assure un bookrunner. La folie s’explique par un chiffre : le spatial accessible représente 1 000 milliards de dollars de marché d’ici 2030, et SpaceX a 60 % des réservations orbitales planétaires. Qui refuse une part d’un quasi-monopole en orbite ?

Le prospectus devra aussi détailler la gouvernance. Musk contrôle 78 % des actions à vote multiple ; les nouveaux actionnaires n’obtiendront des A qu’une fraction de droit de regard. En clair : ils paieront le prix du futur, sans pouvoir empêcher le fondateur de détourner les liquidités vers sa prochaine lubie. Le marché a déjà avalé la pilule pour Tesla ; il la redemande pour SpaceX, parce que la croissance est plus vertigineuse encore.

L’introduction est prévue pour octobre. Si le timing tient, Elon Musk dépassera les 700 milliards de fortune personnelle, consolidant sa première place au classement des milliardaires. La séquence suivante est déjà écrite : un data-center en orbite, alimenté par Starlink, propulsé par Starship, et géré par Grok. L’IPO n’est qu’une étape de financement ; le projet, lui, est bien plus ancien : transformer l’humanité en espèce multi-planétaire et, au passage, facturer chaque bit de données entre la Terre et Mars.

SpaceX ne cherche pas des actionnaires ; elle cherche des co-pilotes pour un voyage sans retour. Le prix du billet : 75 milliards. La destination : une valorisation plus grande que l’économie de la plupart des pays. Les portes s’ouvrent cette semaine. Après, il sera trop tard pour négocier le siège.