Le bce freine le jeu face au choc pétrolier iranien
Francfort n’a pas bougé. Malgré la flambée du brut et les missiles qui sifflent au-dessus du détroit d’Ormuz, la BCE garde ses taux à l’abri des émotions. Une posture de glace qui masque une révision en douce de ses certitudes : l’inflation reviendra, mais plus tard, plus haut, et peut-être plus violente.
Christine Lagarde a brandi le chiffre comme un drapeau blanc : 2,6 % de hausse des prix en 2026, soit quarante points de base au-dessus du scénario de septembre. La faute à un baril qui refuse de redescendre et à une guerre qui, au Moyen-Orient, s’éternise dans les câbles de trading autant que dans les sables. Le message est limpide : le choc n’est plus « transitoire », il s’installe.
L’économie euro tourne au ralenti, l’inflation s’accroche
Derrière le mur des mots, les économistes de la BCE ont gratté leurs modèles jusqu’à l’os. Résultat : le PIB n’augmentera que de 0,9 % l’année prochaine, un point de moins qu’espéré. Une révision qui place la zone euro à deux doigts de la récession technique, coincée entre la chute de la demande allemande et la désindustrialisation rampante de l’Italie.
Lagarde a beau marteler que « la zone est bien positionnée », le compte n’y est plus. Les marges des entreprises s’érodent, les ménages français économisent 16 % de plus qu’en 2022, et l’indice Ifo s’effondre à son plus bas depuis la pandémie. Le tout sur fond de gaz naturel qui repasse au-dessus de 50 € le MWh, une menace directe pour les fonderies de l’Ardenne et les papeteries rhénanes.
Le piège est double. Hausser les taux, c’est tuer la dernière étincelle de croissance ; les laisser en l’état, c’est tolérer une dérive inflationniste qui déjà se nourrit des hausses de loyers et des grèves de salaires. « Nous ne nous engageons sur aucun sentier », a répété Lagarde, synonyme de : « Nous attendons que le marché tranche pour nous. »

Le spectre des effets de second tour
La banque centrale redoute surtout la spirale prix-salaires. Avec une inflation sous-jacente fixée à 2,3 % fin 2026, le risque est réel : les conventions collectives allemandes réclament déjà +5 % sur deux ans, et la CGT vient de déposer un préavis massif chez TotalEnergies. Une fois que les 2 % deviennent un plancher et non un plafond, le genie sort de la bouteille.
D’où le rappel à l’ordre lancé aux gouvernements : « Toute mesure budgétaire doit être temporaire, ciblée et hors déficit. » Traduction : pas question de relancer la machine à subventions comme en 2021. Berlin, qui vient d’approuver 32 milliards pour sauver sa industrie sidérurgique, et Madrid, qui gelé l’impôt sur l’électricité, prennent note… ou font semblant.
Entre-temps, les traders s’accaparent les options de volatilité à 6 mois sur l’euro-dollar. Le spread 10 ans allemand – italien repasse au-dessus de 180 points de base. Les banques grecques, encore convalescentes, voient leur coût du financement bondir de 80 points en quinze jours. Le continent se prépare à un hiver sans gaz iranien et avec une devise qui plonge sous 1,05 face au billet vert.
La BCE a donc choisi l’art du report. Une posture qui lui a déjà coûté sa crédibilité en 2021 et qui, demain, pourrait se payer en euros perdus, en usines fermées et en colères sociales. La prochaine réunion, le 18 décembre, sera une autre affaire : d’ici là, le baril aura peut-être franchi les 100 $, ou les docks d’Anvers seront à l’arrêt. Le déni a des limites, et la banque les effleure déjà.
