La nasa relance la guerre lunaire : 100 milliards pour effacer apollo
Quatre astronautes vont boucler l’ellipse qui sépare la Terre de la Lune sans poser le pied sur le sol poussiéreux. Objectif : prouver qu’Orion ne tue pas, que le SLS ne fuit plus et que la Nasa a tiré les leçons d’Apollo 13. La facture : 100 milliards de dollars déjà engloutis. La vraie question n’est pas « peut-on rééditer 1969 ? » mais « pourquoi diable cela coûte-t-il vingt fois plus cher pour un spectacle moins risqué ? ».
Apollo reste le roc que personne ne surpasse
Huit ans. C’est le temps qu’il a fallu à la Nasa pour passer d’Alan Shepard, premier Américain dans l’espace, à Neil Armstrong posant le drapeau dans le régolithe. Aucun programme spatial n’a jamais égale cette vélocité. Aujourd’hui, Artemis traîne ses bottes depuis 2012, accumule les slips d’hydrogène, les vannes d’hélium qui lâchent et les réunisons de ingénieurs qui se regardent en chiens de faïence. Le SLS a volé une fois — sans âme à bord — et déjà sa cuve réclame un nouveau joint. Le calendrier glisse : juin 2020, novembre 2021, février 2022, avril 2026. Le 39-B, la même dalle de béton qui crachait le feu de Saturn V, attend que les fuites s’arrêtent. Charlie Blackwell-Thompson, première femme lanceuse de la Nasa, assure le briefing avec la voix posée de quelqu’un qui sait que l’histoire ne lui pardonnera pas un second échec.
La comparaison blesse : Apollo 8 a tourné autour de la Lune en 1968 avec un ordinateur de bord moins puissant qu’une Game Boy. Frank Borman a accepté d’y aller après dix orbites, pas plus. Artemis II, dont le vol est prévu pour avril, se contentera d’un 8 gravitationnel, faute de courage ou de marge. Christina Koch, membre de la crew, résume l’humiliation : « Nous ne pouvons pas être la même mission, ni même prétendre l’être. » Traduction : on ne refait pas Apollo, on en fait la cover unplugged.

La lune devient un plateau télévisé pour washington et pékin
Derrière le drapeau américain, derrière le 4K en direct, la vraie rivalité est chinoise. Pékin a déjà posé Jade Rabbit sur la face cachée ; il vise le pôle sud et ses cratères pleins d’eau gelée. Washington veut le même spot en 2026. Le choix n’est pas scientifique, il est géopolitique : qui contrôle l’eau lunaire contrôle le carburant de la prochaine ère interplanétaire. Jared Isaacman, nouveau patron de la mission, le dit crûment : « On ne se rate pas deux fois. » Traduction : on ne laisse pas la Chine installer la première station-service entre Terre et Mars.
Dans les coulisses, la course oppose SpaceX et Blue Origin. Elon Musk aligne Starship, version haute comme un immeuble de 30 étages, tandis que Jeff Bezos peaufine Blue Moon. Les deux géants doivent livrer un module d’atterrissage prêt à accueillir deux astronautes pendant six jours. La Nasa, elle, ne construit plus, elle signe des chèques : 2,9 milliards à SpaceX en 2021, 3,4 milliards à Blue Origin en 2023. Le contribuable américain finance la guerre des milliardaires, espérant que l’un des deux engins ne finisse pas en feu d’artifice sur YouTube.

Le costume neuf ne cache pas le trou de mémoire
Sur Apollo, le même scaphandre servait au décollage, à la marche et au retour. Sur Artemis, la garde-robe s’épaissit : tenue orange pour le vol, tenue blanche pour la surface, tenue d’urgence pour la panne. Résultat : quatre corps, huit valises, 450 kg de textile spatial. Axiom Space, start-up texane, facture chaque combinaison lunaire 150 millions. La Nasa justifie : « Sécurité accrue, durée de vie prolongée. » L’ironie : les pilotes testeront l’accoutrement non sur la Lune, mais dans un hangar à Houston, faute de calendrier crédible.
Le pari suivant est permanent : une base lunaire en 2028, 20 milliards supplémentaires. Le schéma ressemble à un festival de camping : habitats gonflables, centrales solaires, rovers autonomes, drones livreurs. Isaacman présente le blueprint comme s’il s’agissait d’un centre commercial. Le premier jour sur place, prévient-il, « ne ressemblera pas à une ville sous dôme de science-fiction ». Traduction : on va dormir dans des tubes, manger des pâtes déshydratées et prier pour que le réservoir d’eau ne crève pas.
Apollo reste la mesure ultime. Douze hommes ont marché là-bas ; cinq sont encore vivants. Artemis promet la première femme, la première personne de couleur, le premier Canadien. Le symbole est fort, la facture l’est plus. Entre 1969 et 2026, le coût par kilomètre a été multiplié par vingt. Le contribuable américain paie 4 milliards par siège lunaire. La Nasa espère que l’opération se transformera en business model ; jusqu’à présent, elle ne produit qu’un feuilleton coûteux avec des rebonds en direct sur NASA TV.
Avril donnera le premier épisode. Si Orion revende sain et sauf, la Nasa pourra crier victoire. Sinon, l’Amérique devra expliquer pourquoi 100 milliards ont fini au fond du Pacifique, avec pour seul spectateur une Chine qui, elle, continue d’avancer sans faire de bruit. La bande-son de la mission, diffusée depuis le centre de contrôle, ne sera ni le rock and roll d’Apollo ni le silence de l’échec. Ce sera le cliquetis d’une calculette qui additionne les milliards manquants.
