La nasa écarte boeing de la course lunaire et donne les clés à spacex
Washington tape un grand coup de barre : le SLS, le monstre de 4 milliards de dollars conçu par Boeing pour propulser Orion vers la Lune, pourrait se voir confiner au rôle de simple taxi d’accostage en orbite terrestre. La manoeuvre ultime ? Confier à Starship l’étape suivante, celle qui mène jusqu’à la surface lunaire. Une révolution programmée qui laisse Boeing sur le carreau et propulse SpaceX au cœur du scénario Artemis… à condition que son géant d’acier parvienne enfin à voler sans exploser.
Orion cède l’ascenseur à starship
Le scénario, validé en sous-main selon trois cadres de la mission, est limpide : dès Artemis III, Starship s’amarrera à Orion dès l’orbite basse terrestre, traînera la capsule jusqu’à une orbite circulaire à 100 km au-dessus du sol lunaire, déposera les astronautes, puis ramènera le véhicule de Lockheed pour le retour. Le SLS, lui, continuera à lancer Orion… et c’est tout. Une dégradation qui fait grincer des milliards de dollars d’infrastructures à Cap Canaveral et prive Boeing de son rôle central dans la phase translunaire.
Pourquoi ce virage ? Le prix, d’abord. Chaque vol combiné SLS/Orion flirte avec les 4,2 milliards selon l’inspecteur général de la NASA. Le calendrier, ensuite : le bloc de cryogénie du SLS peine à tenir ses cadences, quand Elon Musk promet deux vols tests orbitaux de Starship avant fin 2025. Reste le risque technique : la coiffe géante de Starship n’a encore jamais resserré une orbite lunaire, et la NASA n’a pas validé la version longue durée de ses réservoirs cryo. De quoi faire trembler les ingénieurs de Houston qui doivent, en neuf mois, transformer une maquette en taxi spatial certifié.

Boeing dégringole, spacex sur le grill
En Bourse, le titre Boeing a lâché 3,4 % dès l’annonce. En coulisses, des lobbyistes défilent au Capitole pour défendre les 30 000 emplois liés au SLS dans l’Alabama et la Louisiane. Le message est simple : tuer le SLS, c’est saborder un écosystème industriel entier. Mais la NASA n’a plus de liquidités pour nourrir deux architectures. Elle a déjà signé un contrat modèle « contrainte budgétaire » qui lie 2,9 milliards à SpaceX… et seulement 3,4 milliens à Blue Origin pour son Blue Moon, condamné à jouer les seconds couteaux.
Du côté de Hawthorne, l’ambiance est mitigée. Les équipes de Starship doivent boucler le système de ravitaillement en orbite, prouver le stockage du méthane sur plusieurs semaines et valider le scénario d’amarrage automatisé avec Orion, jamais testé. « On va devoir faire en dix-huit mois ce que d’autres mettent dix ans à certifier », résume un ingénieur propulsion, pas sûr que la NASA accepte de voler sans équipage test préalable.

Le congrès peut encore tout faire capoter
La loi Oberghoff, adoptée en 2018, stipule que toute modification majeure du programme lunaire doit être validée par la commission d’appropriations de la Chambre. Or, le président de ladite commission, représentant de l’Alabama, siège justement dans le district où l’on assemble les étages de SLS. Suffisant pour faire douter d’un feu vert rapide. Jared Isaacman, le nouvel administrateur de la NASA, a convoqué pour mardi un « sommet lunaire » avec Boeing, SpaceX et Blue Origin. Objectif : présenter un calendrier révisé et négocier des compensations budgétaires.
Entre-temps, les électrons libres de la communauté scientifique s’agitent : remplacer le SLS par Starship revient à supprimer la capacité de lancer 27 tonnes de fret utile vers la Lune en un seul tir. Un handicap pour installer la future base Antarès, prévue à l’horizon 2032. D’où l’idée, déjà en discussion, de conserver deux vols SLS annuels dédiés au cargo lourd, quand les équipages embarqueraient exclusivement sur des duos Orion-Starship.
La NASA a promis son arbitrage fin juin. D’ici là, les actionnaires scruteront chaque essai statique de Raptor, chaque test d’embarquement d’Orion, chaque déclaration de lobbyiste. Car la Lune n’attendra pas : la Chine vise 2030 pour poser ses cosmonautes au sud pôle. Perdre deux ans, c’est offrir la primauté à Pékin. Et dans ce duel, ni Boeing ni SpaceX ne peuvent se permettre un nouvel échec. Le prochain rapport de l’Office of Inspector General, attendu à l’automne, tranchera : il réclame déjà une économie de 14 milliards sur vingt ans si Starship remplace le SLS dès Artemis III. Une somme qui, à elle seule, achètera sûrement quelques votes au Capitole.
