Indra refait l'artillerie espagnole avec la bête coréenne k9
4,5 milliards d’euros. 128 canons. Zéro dépendance étrangère. Indra vient de signer la plus grosse commande d’armement terrestre de l’histoire espagnole en dégainant un obusier 100 % « made in Spain » calqué sur le monstre sud-coréen K9 Thunder.
L’opération se déroule en deux temps. D’abord, un transfert de technologie signé avec Hanwha Aerospace pour récupérer la plateforme du K9, best-seller exporté à 2 000 exemplaires dans vingt pays. Ensuite, une rupture : tout sera redessiné, reconfiguré et produit à Gijón dans l’ancienne usine Duro Felguera, rebaptisée « El Tallerón ». Le cœur du blindé — la caisse, le moteur, la suspension — sortira des chaînes asturiennes. Seule la silhouette rappellera Séoul.
De m109 à k9 : l’armée espagnole change d’ère
Les vieux M109, en service depuis 1976, tireront leur dernier obus en 2034. Leur remplaçant, baptisé « Sistema de Artillería de Cadenas » (SAC), montera en puissance dès 2027 avec six unités par mois. Objectif : 128 porteurs de feu, 120 véhicules de rechargement, 11 postes de commandement et 21 remorqueurs. Un écosystème complet qui placera l’infanterie espagnole dans le top 5 européen des forces d’artillerie autopropulsée.
Le calendrier est serré. La première livraison est promise pour 2028, la dernière en 2033. Entre-temps, Indra construira une seconde usine — dont l’emplacement reste secret — dédiée à l’intégration des systèmes d’armes. 500 emplois directs, 1 500 indirects. Le ministère de la Défense évoque un « retour d’expérience industriel » jamais vu depuis les frégates F-100.

K9, la rolls des canons de 155 mm
Pourquoi le K9 ? Parce qu’il a déjà fait ses preuves sous la neige finlandaise, dans le désert austral et sur les hauteurs turques. Cadence de tir : huit coups par minute. Portée : 40 km en munition standard, 80 km avec projectile à propulsion additionnelle. Temps de mise en batterie : 30 secondes. Temps de repli : 60 secondes. Un véritable camion-canon capable de démolir une zone de 1 000 × 1 000 mètres avant que l’ennemi ait eu le temps de localiser l’origine des tirs.
La version espagnole ajoute une couche de numérique : vision panoramique 360°, gestion de champ de bataille interconnectée, liaison 16 bits et système anti-incendie AFES. Le tout piloté par un calculateur Indra censé corriger le tir en temps réel via IA embarquée. Rien à voir avec l’artillerie « analogique » des M109.

Le futur est déjà en route : k9a3 sans équipage
Hanwha travaille déjà sur la version suivante : le K9A3, totalement téléopéré, avec canon de 58 calibres et portée de 80 km. Indra ne l’exclut pas à plus long terme. Pour l’heure, Madrid se contente de la version « humaine », mais la ligne de production est prévue pour basculer vers l’autonome dès 2035. Une aubaine quand on sait que les conflits récents ont multiplié les pertes d’artillerie classique face aux drones de contre-batterie.
Le message est clair : l’Espagne ne veut plus dépendre de l’Allemagne, ni de la France, ni des États-Unis pour son appui-feu. Avec ce contrat, elle rejoint le cercle très fermé des nations capables de concevoir, produire et exporter leur propre obusier lourd. Le K9 espagnol ne restera pas en caserne : l’objectif affiché est d’en placer 50 % de la production sur le marché export d’ici 2030. Le coréen devient ibérique, et demain, peut-être, sud-américain ou nord-africain.
