Indra crée l'artillerie espagnole du futur avec 4,5 milliards de séoul
Alcobendas a tremblé ce mardi. Pas sous les roues d’un blindé, mais sous le poids d’une signature : 4,5 milliards d’euros pour rapatrier en Espagne la carcasse du canon sur chenilles K-9 sud-coréen et, surtout, son ADN numérique. Indra n’achète pas seulement une plate-forme, elle rachète une capacité que l’armée espagnole avait laissée s’éteindre il y a vingt ans.
Le k-9 devient espagnol, ou il ne sert à rien
Angel Escribano, président d’Indra, ne sourit pas ; il constate. « Nous prenons la version la plus tirée au monde, douze pays OTAN l’ont déjà en ligne, et nous la rendons ibérique. » Traduction : le moteur, la chaîne de traction, la logique de tir et le software de conduite de tir seront copiés, greffés puis améliorés dans deux usines neuves, l’une à Gijón pour la coque, l’autre —dont le lieu reste secret— pour l’assemblage final à partir de 2027. Le tout avec 500 ingénieurs et techniciens sous contrat espagnol et plus de 1 500 emplois indirects dans l’aérospatial et l’électronique de défense.
La clause est impitoyable : si un boulon espagnol vient à manquer, Hanwha reprendra la clé. D’où l’exigence d’une « transfert total ». Frank Torres, directeur général d’Indra Land Vehicles, résume : « On ne se contente pas d’assembler, on ingère la Technologie. » L’objectif : pouvoir exporter, sans demander la permission de Séoul, un obusier qui portera la marque « 100 % España ».

Le m109 va à la casse, l’artillerie renaît en 2033
Les vieux M109, fers de lance de la manufacture nationale depuis 1978, seront déchiquetés d’ici la fin de la décennie. Leur remplaçant comptera quatre visages : plate-forme de tir, véhicule de transport de munitions, poste de commandement et unité de récupération. Le ministère de la Défense, représenté par le général Aniceto Rosique, parle déjà de « capacité perdue » retrouvée, un aveu que l’Espagne s’était laissée déposséder de sa force de frappe terrestre.
L’investissement initial d’Indra : 130 millions. Le retour sur investissement : un marché potentiel de 600 pièces pour l’armée espagnole, plus les commandes étrangères que Madrid espère décrocher en Afrique et en Amérique latine. Première livraison prévue en 2033, dernière en 2034. Entre-temps, la guerre en Ukraine aura fait grimper la demande mondiale d’artillerie mobile ; Indra veut être prêt quand l’Europe réalisera qu’elle a trop dépendu des stocks américains.
Le plus dur reste à venir : convertir une usine d’électronique aérospatiale en chaîne de montage blindée, recruter des soudeurs qualifiés en Asturies et convaincre des fournisseurs civils de passer aux normes militaires. Mais à Alcobendas, on ne parle plus de « redressement » : on parle de souveraineté. Le jour où le premier K-9 espagnol roulera hors d’usine, l’armée de terre récupérera sa voix propre sur le champ de bataille. Et l’industrie espagnole, enfin, aura un produit d’armement exportable sans passer par Washington.
