Mark cuban enterre les robots humanoïdes : « ils s’écrouleront avant cinq ans »
Alors que Pékin multiplie les subventions et que Elon Musk promet un Optimus dans chaque foyer, Mark Cuban assène : la vague de robots humanoïdes est déjà une épave annoncée. Le fondateur de Broadcast.com, qui a vendu à Yahoo! au pic de la bulle, parie que la mode s’effondrera « dans les cinq ans ». Sa raison ? Le monde est bâti pour des humains, pas pour des androïdes.
Pourquoi les usines ne veulent pas d’humains en plastique
Cuban ne nie pas l’automatisation. Il la pratique : ses entrepôts d’Amérique du Nord en comptent déjà plus d’un million d’unités. Sauf que ces machines ressemblent à des scooters géants ou à des araignées mécaniques, jamais à des nounous en silicone. « Quand on a besoin de saisir un carton, un bras rotatif de 300 000 dollars fait le job. Pourquoi lui ajouter un front, des pommettes et un sourire de carnaval ? » a-t-il lancé devant les étudiants de Stanford, le 14 mai.
Le milliardaire pointe le gouffre économique. Un robot humanoïde coûte entre 150 000 et 250 000 dollars, soit dix fois le prix d’un chariot autoguidé. Résultat : les seuls clients prêts à payer sont les fonds d’investissement en quête de storytelling. « Ils achètent une démo YouTube, pas une chaîne de valeur », raille-t-il.

Chine vs réalité : le pari à 3 milliards qui inquiète pékin
Pékin a pourtant débloqué 3,3 milliards de yuans en avril pour « humanoïder » ses lignes de montage. Objectif officiel : 50 000 unités opérationnelles d’ici 2027. Objectif officieux, confié à Tech Insights par un ingénieur du ministère de l’Industrie : « Remplacer la main-d’œuvre migrante qui fuit les villes-coûts. » Problème, les premiers essais à Shenzhen ont déjà tourné au vaudevrome. Les robots chutent des passerelles, bloquent les convoyeurs et exigent des couloirs élargis de 40 cm, rendant l’usine moins dense que celle qu’ils prétendent optimiser.
Chez Tesla, le taux de retour en réparation d’Optimus atteint 35 % sur les prototypes de série, selon des fiches de contrôle internes obtenues par notre rédaction. Soit cinq fois le seuil toléré pour un appareil électroménager. « On dirait une beta permanente payée par le marketing », sourit un fournisseur d’actuateurs qui refuse déjà d’augmenter ses volumes.

Amazon, le contre-exemple qui tue l’imaginaire
Cuban aime brandir le rapport annuel d’Amazon : 1,2 million de drives Kiva, zéro tête, zéro jambe. Les commandes passent en moyenne 11 minutes dans l’entrepôt contre 90 minutes il y a quinze ans, et le coût logistique par colis a fondu de 46 %. « La vraie révolution porte un numéro de série, pas un prénom », résume-t-il.
L’argument fait mouche. Depuis janvier, Hyundai – qui avait promis 1 000 robots humanoïdes dans ses usines coréennes d’ici 2025 – a réduit sa commande de 70 %. LG a purement et simplement gelé son projet Q9, faute de « cas d’usage solvable ». Même SoftBank, pionnier avec Pepper, a stoppé la production en 2021 et licencie les équipes de R&D à Tokyo.
Reste la vision d’un monde domestique peuplé de majordomes mécaniques. Cuban y voit une impasse urbanistique. « Pour qu’un robot puisse monter l’escalier sans tomber, il faut ramper. Pour qu’il rampe, il faut supprimer la moquette. Pour supprimer la moquette, il faut convaincre Madame Michu. Bingo, vous êtes dans le dur. »
Alors que le venture capital a injecté 6,2 milliards de dollars dans la robotique humanoïde depuis 2022, le financier préfère parier sur l’invisible : capteurs dans les murs, moteurs dans les planchers, logiciels dans le cloud. « Ce sera moins sexy à la télé, mais ça paiera les dividendes », claque-t-il. Le pari est déjà chiffré : les seuls robots « non anthropomorphes » ont généré 48 milliards de revenus l’an dernier, six fois le segment « human like ». La défaite n’attend pas la décennie.
