Digi repousse son entrée en bourse à cause de la guerre en iran
La guerre n'épargne personne, pas même les opérateurs télécom low cost. DIGI, l'opérateur d'origine roumaine qui bouscule le marché espagnol depuis des années, vient de confirmer ce que beaucoup redoutaient : son introduction en bourse, attendue pour fin avril, est officiellement dans le flou. Et le flou, en période de turbulences géopolitiques, c'est souvent le début d'un long report.
Un timing catastrophique pour une opération à 600 millions d'euros
Marius Varzaru, PDG de la division espagnole de DIGI, n'a pas cherché à masquer la réalité. Le conflit entre l'Iran et les États-Unis a directement percuté les plans de l'entreprise. Les marchés financiers mondiaux ont plongé, l'Ibex espagnol avec eux, et certaines des entreprises les plus solides ont vu leur valorisation s'effondrer de 7 % en quelques séances. Dans ce contexte, tenter une IPO reviendrait à sauter d'un avion sans savoir si le parachute s'ouvrira.
Ce que DIGI espère lever n'est pas une somme anodine. 600 millions d'euros, soit environ un quart de sa valorisation totale, estimée entre 2 000 et 2 400 millions d'euros par ses propres conseillers financiers — une fourchette qui, selon les observateurs, pourrait encore se contracter si l'instabilité persiste. L'entreprise a besoin de ces fonds pour une raison très précise : s'affranchir de Telefónica et déployer sa propre infrastructure de fibre optique et de réseau mobile. Un chantier colossal, financé jusqu'ici à coups de dette, qui exige désormais des capitaux frais.

Le spectre de l'ukraine en 2022 plane sur la décision
La comparaison avec la guerre en Ukraine n'est pas anodine. En 2022, plusieurs entreprises européennes avaient gelé leurs projets d'introduction en bourse face à une volatilité devenue incontrôlable. DIGI a visiblement tiré les leçons de cette période. Varzaru a été clair : l'opérateur préfère attendre que la situation évolue plutôt que de risquer un flop retentissant sur les marchés. Un échec à ce stade compromettrait non seulement la levée de fonds, mais aussi la crédibilité de l'entreprise auprès des investisseurs institutionnels.
La compagnie a communiqué avec une prudence chirurgicale : elle « continue de travailler dans le cadre du processus d'évaluation d'une possible introduction en bourse, sans qu'aucune décision n'ait encore été prise ». Traduction : tout est sur pause, mais personne ne veut prononcer le mot annulation. Si le projet reprend vie, promet DIGI, « il sera communiqué officiellement au moment opportun et conformément à la réglementation applicable ».

L'ambition reste intacte, même si le calendrier ne l'est plus
Derrière ce report se cache une stratégie que rien ne semble pouvoir ébranler sur le fond. DIGI veut devenir le troisième opérateur espagnol en nombre de clients, dépassant Vodafone. Pour y arriver, l'argent de la Bourse n'est pas un luxe — c'est le carburant du plan. L'opérateur a déjà investi des centaines de millions dans son réseau propre, et continuer à dépendre de l'infrastructure de Telefónica représente un coût structurel qu'il ne peut plus se permettre à long terme.
La première moitié de 2025 semble désormais hors de portée pour l'opération. Les analystes s'accordent à penser que DIGI ne tentera rien tant que les marchés n'auront pas retrouvé une trajectoire stable. Et dans une quatrième semaine de conflit sans signe d'accalmie, cette stabilité reste une promesse sans date. Six cents millions d'euros qui attendent que le monde se calme un peu.
