Novartis dégaine 2 milliards pour chasser l’ige et faire plier l’allergie

Le géant helvétique vient de frapper un grand coup : il débloque jusqu’à 2 milliards de dollars pour avaler la biotech californienne Excellergy et son anticorps Exl-111, un tueur d’IgE encore au stade I, mais promis à une vie demi-dose plus longue et une suppression plus profonde des crises allergiques.

La transaction, négociée depuis des mois dans le plus grand secret, devrait se boucler au second semestre 2026, après le passage obligé des autorités antitrust et des agences sanitaires. Prix final : 1,73 milliard d’euros, plus des jalons à venir, un montant qui place la petite Excellergy dans le top 5 des plus grosses acquisitions ciblées par Novartis en dix ans.

Pourquoi novartis mise sur une molécule qui n’a même pas encore passé la phase i

Loi de Murphy de la pharma : plus un actif est précoce, plus le chèque gonfle. Exl-111 n’a injecté que quelques dizaines de volontaires sains, mais ses données précliniques font saliver. Affinité picomolaire pour l’IgE, demi-vie prolongée, neutralisation quasi instantanée du récepteur FcεRI : le trio gagnant pour asthme allergique, urticaire chronique, allergie alimentaire et autres maladies où l’IgE fait office de détonateur.

Fiona Marshall, présidente de la recherche biomédique de Novartis, résume la stratégie d’un mot : « audace ». Traduction : le labo helvétique n’attendra pas les résultats de phase III pour verrouiller la technologie. Il préfère payer cher maintenant plutôt que de se faire damer le pion par Roche ou Sanofi, déjà en embuscade sur le segment anti-IgE.

Conséquence immédiate : le portefeuille respiratoire de Novartis, renforcé par Xolair (ôméralizumab) co-commercialisé avec Genentech, va doubler de volume. Objectif affiché : proposer une injection trimestrielle – voire semestrielle – contre les piqûres mensuelles actuelles, un argument de poids pour convaincre médecins et payeurs.

Le pari risqué d’un marché allergique saturé mais insatiable

Le pari risqué d’un marché allergique saturé mais insatiable

Chiffre qui tue : 400 millions de patients dans le monde souffrent d’asthme allergique ou d’urticaire chronique, et seulement 15 % atteignent un contrôle optimal avec les biologiques disponibles. Le reste survit entre crises, corticoïdes et visites aux urgences. Novartis y voit un réservoir de croissance à deux chiffres, même si la concurrence s’annonce féroce.

Reste l’incertitude réglementaire. La FDA et l’EMA exigent désormais des études de sécurité étendues pour tout anticorps pédiatrique, un créneau majeur dans l’allergie. D’où la clause de 750 millions de dollars conditionnée aux succès régulatoires, une façon de faire porter une partie du risque aux actionnaires d’Excellergy.

En coulisses, les équipes de Novartis préparent déjà les plateformes de production à Huningue, en Alsace, où le site de biotechs multi-spécifiques vient d’être agrandi. Le message est clair : le groupe ne compte pas seulement absorber une molécule, il veut garder la main sur toute la chaîne, du gène à la seringue.

Fin de l’histoire ? Pas vraiment. Si Exl-111 confirme même la moitié de ses promesses, Novartis pourrait récupérer son investissement en trois ans de ventes. Sinon, l’écriture du chèque restera un cas d’école pour illustrer le prix de la « pharma FOMO ». Le marché, lui, a déjà tranché : l’action Novartis a gagné 2,4 % à la clôture de Zurich. La bulle allergique ne perd pas son souffle.