Powell sonne l'alarme pétrole : la fed sur le qui-vive face au choc iranien
Jerome Powell n'a pas fui le regard de la crise. Dans l'amphithéâtre Littauer d'Harvard, devant 300 étudiants qui n'ont jamais connu de taux d'intérêt « normaux », le patron de la Fed a livré sa démonstration de haute voltige : oui, l'escalade américano-iranienne peut faire basculer l'Économie mondiale. Non, la Réserve fédérale n'est pas prise de vitesse. Et le marché du crédit privé ? « Nous scrutons la moindre fissure », a-t-il lancé, presque irrité.
La séance, initialement prévue comme un cours magistral bon enfant, a viré au direct de crise. Depuis vendredi, le prix du Brent a grimpé de 12 % ; l'Euribor 3 mois affiche sa plus forte remontée depuis 2008. Christine Lagarde avait prévenu la veille : l'inflation importée pourrait « dépasser 4 % » en zone euro si le détroit d'Ormuz se referme. Powell, lui, temporise : « Trop tôt pour chiffrer. » Mais derrière la litote, la machine de guerre monétaire est déjà en ordre de marche.
L'arme des 2 % reste au fond du coffre
Depuis cinq ans, l'objectif de 2 % d'inflation est un souvenir. Le PCE américain oscille entre 2,5 % et 3,1 %. Le conflit pétrolier pourrait propulser l'indice de référence au-dessus de 4 % d'ici l'été. « Le vrai danger, c'est l'ancrage des anticipations », souffle un membre du FOMC. Traduction : si les salaires et les contrats commencent à indexer le baril à 120 dollars, la Fed devra réagir. Et le premier geste, personne n'ose le dire à voix haute, serait une remontée des taux dès juillet.
Powell l'a esquissé en creux : « Nous avons les outils. » Les marchés ont compris : les futures Fed Funds priment désormais 55 % de chances d'une hausse en septembre. La courbe des rendements s'est aplatie en dix minutes : le 2 ans est tombé de 4,35 % à 4,24 %, le 10 ans effleure 4,15 %. « C'est la peur du stagflationnaire », résume un gérant de fonds souverains à Singapour. « Croissance molle, inflation d'importation, taux coincés : le pire des mondes. »

Le crédit privé, prochain domino ?
Le président de la Fed a consacré dix minutes au marché des prêts levier. 1 400 milliards de dollars d'encours, 38 % de ratios détenteurs de première ligne, des covenants réduits à peau de chagrin. « Nous voyons une correction saine », a-t-il assuré. Le mot « saine » a fait grincer des dents dans la salle. Car en coulisses, les regulateurs scrutent les CLO triple A qui se négocient 92 cents, les spreads de 600 points de base sur les unitranches. « Si l'énergie flambe, les cash flows des sponsorisés se vaporisent », glisse un analyste de Moody's. Le risque systémique n'est pas dans la taille, mais dans la vitesse de fuite.
Powell a refusé de commenter le nom de Kevin Warsh, pressenti pour lui succéder si Trump revient. Il a simplement salué « l'indépendance acquise » de l'institution. Traduction : la Fed se prépare à défendre son territoire, quelle que soit la tempête politique. Le dollar a gagné 0,8 % face à l'euro en clôture, les ETF à effet de levier sur le pétrole ont absorbé 1,2 milliard de dollars de flux en une séance. La machine est lancée.
Quand les étudiants l'ont interpellé sur l'emploi des jeunes, Powell a baissé les yeux. 7,2 % de chômage chez les 16-24 ans, une génération qui n'a connu que QE et taux zéro. « Gardez l'esprit ouvert », a-t-il lancé, presque enroué. Il est parti sous une ovation polie. Sur son téléphone, le prix du WTI venait de franchir 92 dollars. La prochaine leçon, la rue la donnera.
