Madrid force la semaine de 35 heures : 200 000 fonctionnaires pris dans le tourbillon

Le gouvernement espagnol a rallumé la mèche. Après un silence de trois semaines, la vice-présidence aux Fonctions publiques convoque syndicats et services techniques le 19 mars pour sceller la semaine de 35 heures dans l’Administration générale de l’État. Objectif : publier la réforme au BOE avant le 31 mars et mettre fin aux 37,5 heures imposées depuis 2012. Sur la table : 2,5 heures de moins, mais surtout un précédent qui risque de dévaler jusqu’aux mairies et hôpitaux.

Qui garde le compteur à 37,5 heures ?

Le ministère dessine déjà une ligne rouge : armée, police, personnel pénitentiaire, santé et éducation resteraient hors champ. Les centrales – CC OO, UGT et CSIF – poussent pour intégrer les gardiens de prison et une partie des enseignants. Le dossier technique qui circule ce vendredi précise que chaque département recevra ses propres instrucciones afin de garantir la continuité du service public, jargon qui masque la peur de plier face à des pics d’usagers à 16 h quand les guichets fermeront plus tôt.

Lo que nadie cuenta : la facture. Passer 200 000 emplois à 35 heures représente l’équivalent de 11 400 ETP (équivalents temps plein) qu’il faudra remplacer ou rémunérer en heures supplémentaires. Dans un budget déjà serré, le gouvernement compte sur la règle de gast européenne pour justifier un gel de postes compensatoire. Réponse des syndicats : « Pas question de transformer la réduction en vacances sans solde. »

Calendrier turbo et effet domino

Calendrier turbo et effet domino

Le 26 mars, la mesa general de negociación doit valider l’accord. Une semaine plus tard, le Conseil des ministres transposera l’instruction dans un décret-loi, technique qui évite le vote préalable au Congrès. Résultat : la mesure sera applicable dès avril. Les municipalités madrilènes, barcelonaises ou sévillanes, qui calquent déjà leurs horaires sur l’État, anticipent des réunions d’urgence. Le syndicat CSIF prévient : « Ce sera 35 heures partout ou grève sectorielle. »

En parallèle, la vice-présidence prépare l’offre d’emploi public 2026, un document habituellement publié en septembre. Le gouvernement veut l’avancer pour absorber l’excédent d’heures par des recrutements ciblés, surtout dans l’administration pénitentiaire et l’inspection du travail. La cifra habla por sí sola : 15 000 places pourraient être créées, mais à condition que Bruxelles valide une dérogation au déficit.

Coup de théâtre possible : le Tribunal Supremo vient d’ouvrir une voie pour l’allongement de carrière des policiers nationaux, reconnaissant leur jubilación anticipada comme un droit. Si la justice étend ce principe aux autres corps spéciaux, le gouvernement devra choisir entre payer des heures sup ou inclure ces agents dans les 35 heures, hypothèse qu’il refuse pour l’instant.

Dans les couloirs du ministère, on résume : « On cadenasse la réforme avant que le printemps ne ramène les manifs. » Mars est déjà chauffé à blanc. Quand les 200 000 concernés découvriront leur nouveau planning, la vraie question sera ailleurs : qui paiera l’addition quand les guichets fermeront à 15 h 30 et que les citoyens tambourineront encore sur la porte ? La réponse tiendra en une ligne du BOE, mais elle fera trembler les mairies jusqu’aux prochaines municipales.