L’iran fait dérailler la reprise européenne et plonge les usines dans le noir

Le détonateur est à Téhéran, la déflagration se lit à Francfort. En à peine trois semaines, la guerre autour du détroit d’Ormuz a fait sauter 1,4 point de croissance à la zone euro et forcé SKW Piesteritz, plus gros producteur allemand d’ammoniac, à réduire son activité à 85 % du minimum technique. Les cuves refroidissent, les chaînes s’alimentent au ralenti, et l’inflation, elle, s’emballe déjà vers 4 %.

Des fours éteints de ludwigshafen aux garde-robes de londres, la vague arrive

Evonik Industries n’a pas encore chiffré le manque à gagner, mais son directeur Christian Kullmann lâche d’une voix lasse : « Evonik ne pourra pas échapper aux conséquences indirectes des hostilités. » Même fatalisme chez Hapag-Lloyd : 50 millions de dollars par semaine de surcoût carburant et assurance, un impôt nouveau que la compagnie maritime répercute déjà sur ses clients. Résultat : Next annonce une hausse de 2 % sur ses prix robes-printemps, H&M prévoit une baisse de fréquentation en magasin. La guerre pétrolière, c’est la robe qui coûte trois euros de plus et l’usine qui ferme ses hauts-fourneaux.

Jeudi soir, les 27 ministres des Finances ont sonné l’alerte. Réunis d’urgence avec Fatih Birol, patron de l’Agence internationale de l’énergie, ils ont évacué le vocabèle « choc temporaire ». L’Italie a déjà griffonné un -0,8 % de PIB sur la feuille de route de Meloni. Le Royaume-Uni, à deux doigts de la zone de surveillance des marchés sur sa dette, prépare un plan d’aide aux ménages financé… par une nouvelle émission de gilts. Ironie : l’Allemagne, seul pays disposant d’un vrai coussin budgétaire, est aussi celle dont l’industrie chimique est la plus vulnérable.

Les centrales jouent leur dernière carte : la peur d’une récession

Les centrales jouent leur dernière carte : la peur d’une récession

Christine Lagarde ne l’a pas dit, elle l’a fait comprendre : la BCE relèvera encore ses taux en avril. Objectif : tuer la hausse des prix avant qu’elle ne tue la consommation. Mais le vice est sans issue : chaque augmentation aggrave le service de la dette italienne, chaque euro prêté coûte plus cher aux PME allemandes qui achètent le méthane. Larry Fink, patron de BlackRock, résume la spirale : « Si l’Iran reste une menace, le baril à 150 $ nous plongera en récession. »

Le signal le plus clair vient des ménages. L’indice de confiance GfK pour l’Allemagne vient de plonger sous son niveau de mars 2020. Les Européens anticipent une inflation à 5 % d’ici l’été, et resserrent déjà les cordons de la carte bancaire. Les marges des entreprises n’ont plus où se négocier : elles explosent ou elles meurent.

Ce vendredi, Bruxelles promet un « mécanisme de solidarité énergétique ». Derrière le mot, la réalité : mutualiser les achats de gaz, relancer le plafonnement des prix, espérer que la guerre s’éteigne avant que les stocks stratégiques ne soient à sec. L’Europe croyait avoir tiré les leçons de l’hiver 2022. L’Iran vient de lui rappeler que, sur les marchés de l’énergie, le passé n’est jamais mort. Il suffit d’un drone dans le Golfe pour que le futur s’assombrisse.