Jerome powell joue son va-tout face à trump, l’inflation et la guerre
Jerome Powell va annoncer mardi la décision de la Fed. En théorie, il s’agit de fixer un taux. En pratique, il doit calmer l’inflation, protéger l’emploi, éviter la colère de Donald Trump et anticiper un baril à 100 $ si le détroit d’Ormuz se referme. Trois semaines ont suffi pour que les pronostics basculent : plus personne ne parle de baisse avant l’été 2027.
Le marché a effacé deux ans de baisses en dix jours
Le 1er avril, les traders tablaient encore sur deux coupes de 25 points d’ici 2026. Puis l’ordre a été donné à Tel-Aviv, les drones ont frappé Téhéran, et le Brent a flambé. Résultat : les contrats futures CME effacent 18 mois de baisses anticipées. Les gestionnaires d’Edmond de Rothschild AM résument la situation : « Monter les taux ne ramènera pas un seul baril sur le marché, mais tuerait la croissance. » Ils évoquent 2008 comme un spectre.
Trump, lui, crie déjà au sabotage. Il accuse Powell de saborder l’Économie à six mois de l’élection. Le président a même désigné son successeur idéal, Kevin Warsh, partisan public d’une politique monétaire plus souple. Traduction : Trump veut une Fed qui imprime avant novembre, quitte à relancer l’inflation à deux chiffres.

La fed est seule face à une inflation à trois têtes
La Banque centrale européenne ne gère que la stabilité des prix. La Fed, elle, doit aussi protéger l’emploi. Ce double mandat devient un piège. L’immigration ralentit, réduisant l’offre de main-d’œuvre et donc la production potentielle. Les tarifs douaniers promis par Trump alourdiraient les prix importés. Le pétrole, enfin, agit comme une taxe mondiale : +30 % depuis janvier, il pèse déjà 0,4 point de PIB selon Oxford Economics.
Powell tranche : il maintiendra le taux entre 4,50 % et 4,75 %, espérant que la décélération de l’emploi suffise à refroidir les salaires sans faire sauter les cours du brut. C’est un pari. Si le détroit d’Ormuz se boucle, le baril pourrait atteindre 120 $, pousser l’inflation hors de son canal et forcer une remontée agressive. La récession serait alors programmée, et Trump brandirait Powell comme bouc émissaire.
Le message sera donc minuté au quart de seconde : pas de baisses, mais pas de menace explicite de hausse. Le ton calme, les mots seront pesés comme des explosifs. Car un pas de travers et c’est la guerre ouverte avec la Maison-Blanche, un krach boursier, et peut-être la fin de l’indépendance de la Fed. Powell le sait : mardi, il ne décide pas seulement d’un taux. Il arbitre le tempo de la campagne présidentielle et le prix de l’essence jusqu’à Noël.
