Espagne : la semaine de 35 heures se dessine pour 2,5 millions de fonctionnaires
Le gouvernement espagnol a posé la dernière pièce du puzzle. Ce vendredi, la Mesa General de Negociación de la AGE doit adopter le texte qui abaisse la durée hebdomadaire à 35 heures pour l’ensemble de l’administration centrale. Objectif : que le changement entre en vigueur mi-avril, soit quinze jours après la signature. Une accélération inédite que les syndicats interprètent comme un coup de barre avant les échéances électorales de 2026.
Des exceptions négociées séparément
Personne ne sera lâché, assure Madrid, mais chaque corps gardera sa table de discussion. Les prisons, l’Institut national de gestion sanitaire (Ingesa) et le corps enseignant devront négocier leurs propres plannings. Pour les 26 000 agents pénitentiaires, la réduction horaire se fera sans toucher aux gardes de nuit ni aux ratios de surveillance. Le ministère de l’Intérieur prévoit déjà une vague de recrutement de remplaçants pour absorber les départs en retraite partielle.
Car la semaine de 35 heures n’arrive pas seule. Le même décret activera la retraite partielle anticipée, bloquée depuis la réforme de 2025. Plus de 1 000 dossiers dormaient dans les tiroirs de la Direction de la fonction publique ; ils seront débloqués dès l’été, à condition que l’administration embauche des intérimaires. Le coût : 400 millions sur l’exercice 2025, financés en partie par le fonds COVID non consommé.

Un calendrier serré et des tensions syndicales
La CSIF, première organisation du secteur, a signé l’accord « sans enthousiasme ». Elle exige que le personnel statutaire soit inclus dans la retraite partielle, pas seulement les contractuels. De son côté, CCOO menace de convoquer des assemblées si les 35 heures ne s’appliquent pas intégralement aux régimes spéciaux : été, semaines de 40 heures, astreintes 24h/24. Le gouvernement a donné jusqu’au 31 mars pour régler le détail du décret, sans quoi la grève revient à l’ordre du jour.
En coulisses, l’offre d’emploi public 2026 est déjà la nouvelle ligne de fracture. Les syndicats exigent 30 000 créations nettes et refusent le chiffrage global promis par Montero. Résultat : le texte est repoussé à l’automne, hypothéquant le plan de stabilisation des contrats précaires. Le ministère compte sur la popularité immédiate des 35 heures pour faire passer la pilule.
La mesure touchera 2,5 millions de salariés publics, soit 12 % de la population active. Si les calendriers tiennent, l’Espagne deviendra le premier grand pays de l’UE à généraliser la semaine de 35 heures dans la fonction publique sans réduction de salaire. Une vitrine que le PSOE compte exposer à Bruxelles comme modèle de « qualité de vie ». Les agents, eux, regardent déjà la montre : dans 45 jours, leur vendredi finira à 14 heures. L’heure exacte où leurs smartphones afficheront le compte à rebours.
