Xiao­mi déter­ritorialise la prise murale: rail cou­lant, écran tactile et 8 000 w dans une sim­ple barre

Alors que l’industrie s’épuise à coller des écrans pliants sur des téléphones, Xiao­mi glisse un rail DIN, un SOC Bluetooth et un capteur PIR dans… une multiprise. La Track Socket Set T1, disponible dès ce mois en Chine, transforme le bloc d’alimentation le plus anodin en nœud domestique programmable: cinq modules déplaçables, 33 W USB-C, détection de présence et 8 000 W de crete avant emballement thermique. Le message est clair: plus question d’acheter une « barrette » puis de la cacher sous le bureau; elle devient la boucle de commande basse tension du salon, de l’atelier ou du food-truck.

Du rail industriel au salon, la genèse d’un objet qui n’existe pas

L’idée part d’un constec: les multiprites grand public sont des fossiles électriques. On empile les adaptateurs jusqu’à faire sauter le 16 A, on perd les watt-heures en veilles fantômes, et l’on se retrouve à genoux derrière le canapé pour débrancher la machine à café. Chez Xiao­mi, les ingénieurs ont repris le standard TH35 — le rail 35 mm des armoires industrielles —, l’ont rétréci à 28 mm, y ont ajouté des plots cuivrés autofrottants et un micro-levier type pogo-pin. Résultat: chaque module glisse à une main, se verrouille par quart de tour et délivre jusqu’à 2 500 W sans surchauffe, grâce à un dissipateur en alliage d’aluminium moulé sous pression.

Le câblage interne n’est plus en 1,5 mm² mais en cuivre OFC 2 mm² trempé à la nitrogène, ce qui abaisse la résistance de 18 % et autorise le passage de 40 A crête durant 250 ms. Une concession à l’usage domestique: le corps est en PC V0 ignifugé, pas en ABS cheap, et la distance d’isolement passe à 3 mm au lieu des 1,2 mm requis par la norme GB/T 2099.1-2021. Objectif: éviter l’amorçage d’arc lorsqu’on retire un module sous charge.

L’écran de 3,2 pouces qui cache un linux embarqué

L’écran de 3,2 pouces qui cache un linux embarqué

Au centre du rail, un carré noir de 82 mm renferme un Realtek RTL8720 double cœur Cortex-M33, 512 ko de SRAM, 4 Mo de flash et un petit Linux dépouillé. L’écran IPS 480 × 480 tactile capacitif affiche la puissance instantanée, l’historique des 30 derniers jours et même le prix du kWh tiré de l’API de l’opérateur local. Le tout se met à jour toutes les 250 ms via le bus RS-485 interne qui relie les modules; pas de Wi-Fi saturé, pas de nuage obligatoire.

La vraie astuce tient dans le capteur mmWave 60 GHz collé derrière la dalle. Il détecte la micro-vibration respiratoire jusqu’à 5 m et déclenche la séquence « arrivée »: lumière du couloir, climatiseur en mode confort, cafetière en préchauffe. Sortez de la pièce, le rail passe en mode veille profonde et rabaisse la consommation à 0,3 W. Pour les parents, un verrou parental désactive la rotation des modules; il faut appuyer deux secondes sur l’icône cadenas pour libérer le levier.

Prix d’appel et guerre des licences

Prix d’appel et guerre des licences

Le pack de base — rail 50 cm, trois modules 250 V et un bloc USB-C 33 W — part à 249 yuans, soit 32 € hors taxes. La version 80 cm à quatre modules grimpe à 429 yuans (55 €). Aucun abonnement, aucun cloud: la mise à jour OTA se télécharge depuis l’app Xiao­mi Home mais le firmware reste signé et déchiffrable via OpenOCD pour les bidouleurs. La licence GPL est déjà publiée sur le Git officiel; on y trouve le patch RT-Thread qui gère le rail et le driver Tuya-Compatible pour intégrer l’ensemble à Home Assistant en cinq clics.

C’est là la ligne de fracture: Xiao­mi ne vend pas une prise, elle vend une API domestique. Les développeurs tiers peuvent créer des scénarios « if-then » en Lua, publier leurs scripts sur le Mi Store et empocher 70 % de revenus. Le premier tiers de l’année a déjà généré 1,2 million de yuans partagés avec la communauté. Rien d’étonnant: un simple script qui allume le ventilateur quand la température SOC d’un PC dépasse 70 °C a été téléchargé 42 000 fois en deux semaines.

Le pari est gagné. En un trimestre, la Track Socket Set T1 est devenue le produit connecté non portable le plus vendu de l’écosystème Xiao­mi, devant la lampe de bureau et le purificateur d’air. Le fabricant a déjà déposé le brevet CN118299347A pour une version 16 A triphasée, capable de piloter une pompe à chaleur ou une machine à laver industrielle. Le salon de Pékin, la cuisine parisienne ou le coworking berlinois vont bientôt partager le même langage électrique: glisser, verrouiller, automatiser. La multiprise n’est plus un accessoire; c’est la première brique d’infrastructure que l’on achète comme un poster design. Et lorsqu’elle claque à 8 000 W sans broncher, on comprend que le futur domestique sera moins une question de gadgets que de rails, de cuivre et de code ouvert.