Waymo piégé par son propre bouclier : six minutes d’angoisse dans un robotaxi pris en otage
Un homme armé d’une clé et d’une haine contre les algorithmes a transformé un trajet nocturne en San Francisco en scène de thriller. Doug Fulop et ses amis, clients d’un Waymo, ont vu les portes se verrouiller automatiquement tandis qu’un « hater » de la tech tambourinait sur la carrosserie, jurant qu’il allait « finir le travail ». Six minutes. Le temps pour le véhicule de comprendre que le danger s’éloignait enfin.
Le drame, raconté au Seattle Times, illustre le paradoxe d’une sécurité conçue pour protéger… mais qui enferme. Le système de détection de proximité de Waymo, censé éviter les collisions, a gelé le minibus sans chauffeur dès que l’agresseur a frôlé la carrosserie. Résultat : passagers impuissants, appel au 911, ligne support débordée, et un aboyeur qui tentait d’ouvrir les portes avec une clé plate comme dans un mauvais remake de Speed.
San francisco, laboratoire de peurs urbaines
Depuis 2020, la baie de San Francisco est le terrain de jeu officiel des flottes autonomes. Chaque soir, des centaines de bolides blancs parcourent les rues sans volant, sans pedales, sans chauffeur. Chaque soir aussi, des groupes d’activistes traquent ces « zombies sur roues » pour les bloquer, les taguer, parfois les incendier. Le motif : perte d’emplois, surveillance algorithmique, accidents fantômes. Le 19 juin, c’est la peur qui est montée d’un cran : pour la première fois, ce n’est plus la machine qui a manqué de tuer, c’est l’humain qui a voulu assassiner la machine… et ses passagers.
Waymo rétorque que l’incident est « rare ». Katherine Barna, porte-parole, martèle que le centre de soutien est resté en ligne durant la séquestration et que la voiture a « agi conformément aux protocoles ». Traduction : le logiciel a choisi l’immobilité plutôt que le risque d’écraser le manifestant. Une posture logique sur le papier, glaçante dans la réalité.
Car Fulop n’est pas un cas isolé. Amina Green, romancière locale, a filmé deux hommes l’encerclant en 2024 : « J’étais un target à l’intérieur d’un aquarium. » Ander Sorman-Nilsson, consultant australien, a vécu la même scène à Los Angeles : cinq individus, une pluie de coups sur la vitre, la caméra embarquée comme seul témoin. Les vidéos, consultées par Tech Insights, montrent des visages tendus, des poings qui s’abattent, et, en fond sonore, la voix synthétique du véhicule : « Please stand clear of the vehicle. »

Quand la technologie devient cage
Le problème est structurel. Pour être approuvés par la California DMV, les robotaxis doivent prouver qu’ils éviteront tout contact piéton. Résultat : seuil de détection réglé au millimètre, freinage d’urgence déclenché dès qu’un être vivant frôle le capteur. Une bonne nouvelle pour les cyclistes, une mauvaise pour les clients pris entre deux feux. Waymo travaille déjà à une mise à jour « override » permettant aux passagers de forcer le déverrouillage à l’intérieur, mais le correctif ne sortira pas avant 2025. D’ici là, chaque course reste une loterie.
La Ville de San Francisco, de son côté, multiplie les autorisations de circulation tout en recevant des plaintes de plus en plus violentes. Le conseil municipal exige un rapport mensuel sur les « interactions hostiles ». Depuis janvier, elles ont doublé. Le maison-blanche local estime que 14 % des incidents ne sont même pas déclarés, faute de catégorie administrative adéquate. On appelle ça du dark figure dans le jargon criminologue. On pourrait aussi parler de symptôme.
Pendant ce temps, les chauffeurs Uber traditionnels observent la scène avec un mélange de jubilation et d’inquiétude. Jubilation : la machine montre enfin ses limites. Inquiétude : si l’agression anti-Waymo devient sport urbain, la haine pourrait s’étendre à tout véhicule sans volant visible, y compris leurs propres Prius. Déjà, certains collent des autocollants « 100 % humain » sur leur pare-brise.
Waymo assure qu’aucun blessé n’est à déplorer. C’est vrai. Mais la blessure est ailleurs : dans l’image d’un progrès qui avance masqué, protégé par des algorithmes de verrouillage, incapable de distinguer un agresseur d’un enfant qui traverse. Doug Fulop, lui, a fini par rentrer chez lui à pied, après que la voiture eut enfin redémarré. Il a laissé une étoile sur l’appli, « parce que le trajet s’est bien terminé ». La note accompagnée d’un commentaire : « Merci de m’avoir sorti de là. Mais la prochaine fois, j’emmène mon vélo. »
