Venezuela : rodríguez écarte padrino et parie sur un homme de maduro

Onze ans. C'est le temps qu'aura duré le règne de Vladimir Padrino à la tête des forces armées vénézuéliennes. La présidente par intérim Delcy Rodríguez vient de le remplacer par González López, ancien chef du renseignement et ministre de l'Intérieur sous Nicolás Maduro — l'homme capturé il y a deux mois et demi, dont la chute a propulsé Rodríguez au sommet d'un pouvoir qu'elle n'a jamais cessé de défendre.

Un remaniement militaire qui soulève plus de questions qu'il n'en résout

La sortie de Padrino est présentée par certains observateurs comme un signal de rupture avec l'ère chaviste. Il faut rester prudent. Padrino était bien plus qu'un général : il incarnait la garantie de la loyauté des forces armées pendant des années de chaos économique et de répression politique. Sa mise à l'écart, dans ce contexte, ressemble davantage à un réajustement d'équilibre interne qu'à un véritable tournant idéologique.

Car le successeur désigné n'est pas un visage neuf. González López a été sanctionné par Washington dès 2015 pour son rôle dans la répression des manifestations antigouvernementales de 2014. Les États-Unis l'ont tenu directement responsable d'avoir ordonné et supervisé des actes de violence et de graves violations des droits humains. Ce n'est pas le profil d'un réformateur.

Rodríguez entre pragmatisme affiché et continuité réelle

Rodríguez entre pragmatisme affiché et continuité réelle

Le gouvernement Rodríguez a pourtant surpris. Amnistie accordée à plus de 100 prisonniers politiques, ouverture de l'industrie pétrolière vénézuélienne aux investissements américains — des gestes qui lui ont même valu les éloges de Donald Trump. Une évolution de façade, ou un vrai changement de cap ? La réponse se lit dans les nominations, pas dans les discours.

Geoff Ramsey, chercheur senior non-résident à l'Atlantic Council de Washington, ne mâche pas ses mots : ce choix reflète aussi la nécessité pour Rodríguez de ménager des acteurs influents, à commencer par Diosdado Cabello, toujours ministre de l'Intérieur. Ramsey résume l'impasse avec une clarté désarmante : « Cela donne l'impression que Rodríguez pourrait être incapable, ou peu disposée, à renouveler complètement l'image de son parti et à présenter aux Vénézuéliens une image crédible de changement. »

La loyauté comme seule boussole politique

La loyauté comme seule boussole politique

Ce qui se dessine au Venezuela n'est pas une transition. C'est une redistribution des fidélités au sein d'un même système. Rodríguez a beau jeu de se présenter en pragmatique ouverte au dialogue international — elle nomme aux postes clés les hommes qui ont construit, brique par brique, l'appareil répressif qu'elle prétend dépasser.

Padrino était le visage militaire du chavisme. González López en est l'ombre policière. Le changement de costume ne change pas la pièce qui se joue.