Trump remplace les profs par des humanoïdes et coupe les vivres aux écoles publiques

L’inauguration s’est faite en silence, entre deux coupes de champagne. Figure 03, robot à la démarche d’adolescent surréel, a arpenté le tapis rouge de la Maison-Blanche en serrant la main d’Olena Zelenska, pendant que Melania Trump l’embrassait sur la joue de métal. Le message ? L’enseignant américain coûte trop cher ; l’androïde, jamais.

Le budget éducation saigné pour finir la guerre des robots

Le même jour, le Department of Education perdait 3,2 milliards de dollars de financement. Bourses Pell gelées, cantines scolaires réduites, 14 000 conseillers d’orientation remerciés. Le communiqué est laconique : « Réallocation vers l’IA compétitive. » Washington ne cache plus la stratégie : transformer chaque école en incubateur de cobots capables de réciter la Constitution, quitte à sacrifier un quart des élèves défavorisés.

Mark Cuban, qui a financé jusqu’ici dix start-up d’éducation numérique, crache son café quand on lui parle de Figure 03. « Cinq ans, maximum, avant que ces machins finissent sur eBay à dix dollars la pièce. » Pourtant, le gouvernement vient d’en commander cent mille unités. Le contrat, signé en catimini avec la jeune société californienne Figure, prévoit livraison d’ici 2026 et clauses de pénalité ridicules si le produit s’avère inutilisable. Le contribuable paiera, quoi qu’il advienne.

Dans les couloirs est, le android fait ses premiers pas de comédien

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J’ai suivi la démonstration. Une voix off féminine, légèrement déformée par l’auto-tune, récite des fiches de grammaire. Le robot lève la main droite, plie le coude, imite le geste d’écriture. Les enfants de la Jefferson Elementary, invités pour la photo, le regardent comme un jouet cassé. Une fillette ose : « Miss, il sent le plastique chaud. » La directrice ricane : « C’est l’odeur du futur, chérie. »

Le plan prévoit ensuite d’envoyer Figure 03 dans les zones rurales où l’on ferme des établissements faute d’enseignants. Coût d’un professeur : 65 000 $ par an. Coût du robot : 12 000 $ l’unité, amortissable sur six ans. Le calcul est salement simple. Reste la question de la maintenance : qui répare l’androïde quand ses articulations lâchent ? Réponse : une plateforme de sous-traitance en Alabama, payée au lance-pierre, dont les techniciens démissionnent déjà.

La Maison-Blanche promet des « évaluations mensuelles » de l’impact pédagogique. Mais le protocole est rédigé par la même firme qui vend les robots. Le ministre de l’Éducation, Linda McMahon, ancienne dirigeante de la WWE, résume : « Le ring de la compétition mondiale, on y entre avec des muscles en titane. »

Le grand perdant s’appelle l’élève

Le grand perdant s’appelle l’élève

Pendant que la presse people s’extasie sur la robe de soie de Brigitte Macron côte à côte avec un humain en acier, les districts les plus pauvres perdent leur dernier recours : les subventions fédérales pour clubs de robotique, livres, transport scolaire. Le Texas vient d’annuler 1 200 bus scolaires. Résultat : 42 000 collégiens devront marcher plus de cinq kilomètres ou décrocher. Le taux d’absentéisme grimpe déjà de 18 % dans les barrios de Houston.

Et la « campagne Fomentando el futuro together » ? Un écran de fumée. L’événement à la Maison-Blanche a coûté 1,4 million de dollars, payé sur le fond d’aide humanitaire pour l’Ukraine. Le slogan est affiché sur fond bleu ciel, mais les écoles concernées n’ont reçu aucun manuel, aucune formation, juste une URL redirigeant vers une boutique en ligne de merchandising.

La leçon est crue : quand l’État sabre l’éducation pour acheter des gadgets, il ne fabrique pas des citoyens, il produit des consommateurs d’IA qui ne sauront pas lire le contrat. Le jour où Figure 03 tombera en panne, le seul diagnostic à la portée des enfants sera de constater que la lumière du power-on est éteinte. Le reste ? Un trou noir budgétaire, un avenir en moins sur leur bulletin scolaire, et 300 000 micro-processeurs en attente de mise au rebut dans un entrepôt fédéral du Nevada. Les camions de déchets électroniques tournent déjà, direction l’Afrique. Le cercle est bouclé : on éduque pas, on jette.