Tim cook plie à pékin : la pomme se fait pommée
Dimanche, dans la salle où le Parti fixe la doctrine, Tim Cook a déclaré la Chine « source d’inspiration ». Quarante-huit heures plus tôt, le People’s Daily l’accusait de « monopole numérique ». Le patron d’Apple a donc choisi la soumission orale pour éviter la punition écrite.
La capitulation en trois actes
Acte 1 : la commission de la App Store fond de 30 % à 20 % pour les petits développeurs chinois. Acte 2 : un éloge à la « talentueuse communauté locale » qui, par hasard, engrange 25,5 milliards de dollars en un trimestre. Acte 3 : la promesse d’un « bosquet de neutralité carbone » planté avec Foxconn et BYD, quand bien même les usines d’iPhone continuent de cracher leurs tonnes de CO₂ à Shenzhen.
Tim Cook aime citer un proverbe chinois : « Un arbre ne fait pas la forêt. » Il oublie de dire que la forêt en question est clôturée par la Commission nationale du développement et de la réforme, dont le moindre Eurobond devient une brindille qu’on peut briser d’un claquement de doigts.

La fiction du partenariat
Li Qiang, premier ministre, a félicité Apple pour sa « chaîne d’approvisionnement diversifiée ». Traduction : délocalisez encore, mais gardez l’assemblage ici. Cupertino a obéi : 95 % des iPhone 15 sortent encore des lignes de Zhengzhou. Le « risque géopolitique » brandi aux investisseurs ne concerne donc que l’Inde et le Vietnam, jamais la Chine continentale.
La firme de Cupertino engrange +38 % de revenus sur le marché chinois. La contrepartie se paie en silences. Silence sur le stockage iCloud confié à des serveurs locaux gérés par un partenaire d’État. Silence sur les applications VPN expulsées de l’App Store à la demande de Pékin. Silence, surtout, sur la taxe implicite que représente la réduction des commissions : 1,5 milliard de dollars laissés sur la table pour calmer le jeu antitrust.

Le prix de la pomme
Apple devient ce qu’elle prétendait ne jamais être : une entreprise captive d’un seul État. Le 27 mars, le People’s Daily a publié un éditorial intitulé « Corriger les pratiques monopolistiques de certaines plateformes ». Le 28, Cook réservait son billet pour Beijing. Le 31, il applaudissait l’innovation chinoise sous les dorures du palais de l’Assemblée nationale. Délais de réaction : 96 heures. Vitesse de la dégringolade : record.
Le marché actions a applaudi : +2,4 % lundi matin. Les développeurs chinois ont applaudi : leurs revenus passifs remontent. Les concurrents européens grommellent : Bruxelles réclame le même traitement depuis deux ans, sans obtenir même un geste. Moralité : quand la censure vous serre la gorge, la pomme devient une poire ; il suffit de la presser.
