Stroustrup ressuscite la guerre des langages : « c++ n’est pas trop compliqué, il est juste vivant »
Il a créé C++ il y a quarante ans, et voilà que Bjarne Stroustrup remet le nez dans la fourmilière. Lors d’une série d’interviews donnée à CPH Tech et à l’ISO C++ Blog, le Danois lâche une bombe : la complexité n’est pas un bug, c’est une fonctionnalité. Pendant que les écoles de codage vendent du rêve avec Python et JavaScript, l’inventeur du langage le plus détesté du monde tranche : « Un langage qui ne se plaint personne est un langage que personne n’utilise. »
Deux familles, un seul gagnant
Stroustrup partage l’industrie en deux camps. D’un côté, les mastodontes que l’on maudit chaque matin : C++, Java, Python. De l’autre, les petits langages « propres » mais cantonnés aux TP d’université ou aux start-ups qui n’ont pas encore planté en production. Le créateur de C++ assume le paradoxe : plus un outil est puissant, plus il devient ingrat. Il cite sa formule fétiche : « Il n’existe que deux types de langages : ceux dont on se plaint et ceux qu’on ignore. »
La contre-offensive est chirurgicale. Le développeur moyen clame que C++ est un dinosaure, qu’il faut dix lignes pour ouvrir un fichier, que la mémoire vous tombe sur la tête. Stroustrup rétorque que les bibliothèques modernes — ranges, coroutines, modules — réduisent le code de 70 %, mais que la rumeur est déjà partie en tournée. « Les gens confondent verbosité et complexité », souffle-t-il. Le problème, c’est que la verbosité se voit, tandis que la complexité cachée des runtimes Node ou Python se révèle seulement quand le serveur plante à 3 h 14.

L’ia ne changera rien à la partition
Alors que GitHub Copilot génère du Python en un clic, Stroustrup hausse l’épaule. « Copier un morceau de code sans comprendre la mémoire, c’est comme coller un moteur de fusée dans une Twingo. » Pour lui, l’intelligence artificielle ne fait que déplacer la complexité : elle se cache dans les modèles, les gradients, les serveurs GPU. Le langage bas niveau, lui, reste l’ultime audit : quand la pile logicielle s’effondre, on redescend vers le métal.
Le Danois en a marre des éloges funèbres. C++ n’est pas « le langage du passé », il est le fond d’air de tous les compilateurs LLVM, des moteurs Unreal, des navigateurs Chrome. Chaque pixel d’une carte graphique RTX a été touché par du C++. « On ne le voit plus, c’est tout. »
Il assène une dernière vérité : la perfection est l’ennemie de l’utile. Un langage sans couture, sans pointeurs, sans header, n’existe que dans les slides des conférences. « Demandez à un ingénieur spatial s’il veut voler sur un firmware écrit en JavaScript », plaisante-t-il. Le rire est grinçant. Sur le tableau blanc de l’IT, il reste deux colonnes : ceux qui râlent, et ceux qui disparaissent. Stroustrup a choisi son camp ; il paye le prix, et il assume l’addition.
