Sony retire ses graveurs blu-ray : le dernier clou du cercueil pour les disques
Sony vient de tirer la dernière balle dans la tête du Blu-ray. Fini les graveurs, fini les stocks, fini l’illusion. Les chaînes de production vont s’arrêter, les cartons partiront vers les derniers revendeurs et, après, le silence. Le géant japonais n’a pas seulement tué un produit : il enterre un rituel, celui de glisser un disque dans la baie, d’attendre le bourdonnement mécanique, de posséder la pellicule plutôt que de la louer.
À Tokyo, les collectionneurs ont déjà pris la mesure du désastre. Ils dévalisent les Yodobashi et les Bic Camera pour s’accaparer les PR6 et PR3 encore en rayon. Le Japon absorbait à lui seul 90 % de la demande mondiale de graveurs Blu-ray ; sans lui, le marché s’effondre comme un château de cartes trempé. Le reste de la planète n’aura même pas droit à un adieu : les unités externes pour PC ont déjà disparu des catalogues de LG et Pioneer.
Le streaming n’a pas tué le disque, il a dévoré l’usage
Le coup de grâce ne vient pas de la fragilité du support. Un Blu-ray, s’il est entreposé loin de la lumière et de l’humidité, peut dormir cinquante ans sans broncher. Le problème, c’est qu’il n’y aura plus personne pour le lire. Les platines grand public deviennent des reliques, les baies 5,25 pouces des artefacts archéologiques dans les tours PC. Quand la dernière lentille laser rendra l’âme, les coffrets Blade Runner 2049 en 4K resteront de beaux morceaux de plastique gravé, aussi inutiles qu’un minidisc en 2025.
Les plateformes ont gagné par lassitude. Pourquoi se lever pour changer de disque quand un algorithme enchaîne les épisodes pendant que l’on sommeille sur le canapé ? Le streaming a tué le geste, puis la patience, puis l’envie d’accumuler. Le Blu-ray est devenu un luxe d’amateur d’images, un refuge pour cinéphiles exigeants qui refusent la compression vicieuse du HEVC domestqué. Ils sont minoritaires, et donc condamnés.

Les collectionnables deviennent des objets orphelins
À Kyoto, Hiroshi Tanaka possède 1 400 disques et six lecteurs en réserve. Il les a stockés dans un placard climatisé, étiquetés comme des œuvres d’art. Il sait que dans dix ans il pourra revendre le tout à un musée ou à un riche nostalgique, pas à un spectateur. Le disque physique ne meurt pas seul : il entraîne avec lui la notion de suppléments, de commentaires audio, de making-of qui ne seront jamais disponibles en streaming. Une partie de l’histoire du cinéma s’éteint, pixel par pixel, sous prétexte de progrès.
Sony, bien sûr, n’enterre pas un cadavre sans plan B. Le groupe mise sur les serveurs Bravia Core, sur les licences IMAX Enhanced, sur la vente de films en 8K par abonnement. Le Blu-ray ? Un souvenir, un post-it sur le tableau des échecs technologiques, entre le Memory Stick et le MiniDisc. Le dernier carton de graveurs partira d’Oita en mars 2025. Après, plus aucune chaîne ne produira de laser bleu. Les tourne-disques pourront reposer en paix ; ils auront été les derniers témoins d’une époque où l’on payait pour posséder, pas pour accéder.
