Singapur fonce sur 100 vamtac : le fabricant galicien scelle son plus gros contrat asiatique
Les Forces armées de Singapur viennent de commander plus de 100 Vamtac à Urovesa, transformant la petite entreprise galicienne en fournisseur stratégique de la cité-État. La signature intervenue mi-2023, mais dévoilée ce mois-ci, porte à 170 le nombre de ces tout-terrain blindés circulant déjà sous le drapeau rouge et blanc à la croix crescent.
Un triptyque commercial en dix ans
Le premier contrat datait de 2013 : soixante blindés pour ouvrir le marché. Le second, en 2018, n’était qu’un aperitif : dix unités supplémentaires. Le troisième, lui, fait exploser les compteurs et scelle la réputation d’Urovesa en asie-Pacifique. Livraisons prévus de 2024 à 2026, avec des variantes reconnaissance, ambulance, lance-missiles ou transport de troupe. Le montant reste secret, mais les industriels du secteur évaluent la vague à plus de 80 millions d’euros.
Le Vamtac – Vehículo de Alta Movilidad Táctico – partage ses origines avec le Humvee américain, mais il a grandi dans la boue et le granit brestois. Moteur Steyr, châssis galicien, blindage modulaire : 6,8 t sur roues 37 pouces, capable de négocier 70 % de pente ou 1,20 m de gué. Singapur, qui n’a pas de place pour les erreurs, teste chaque véhicule sur son circuit tropical de 45 °C et 95 % d’humidité. Résultat : fiabilité de 97 % après 50 000 km, un score que les Européens atteignent rarement.

Une galice qui exporte la guerre du futur
Pontevedra, siège d’Urovesa, ne compte que 12 000 âmes. Pourtant, la chaîne de montage tourne 24 heures sur 24 depuis six mois. L’usine a recruté 120 ingénieurs supplémentaires, délocalisé une partie du sous-traitant madrilène et multiplié par trois ses commandes d’acier Hardox. Le gouvernement espagnol, via la DGAM, a doublé les prêts à l’exportation : il sait que chaque véhicule vendu à l’étranger rapporte 2,3 emplois indirects en Espagne.
Derrière le business, la géopolitique. Singapur achète européen quand ses voisins s’approvisionnent à Tel-Aviv ou Moscou. Le Vamtac vient ainsi s’aligner face aux Terrex singapouriens et aux Leopard 2SG, formant une force blindée légère capable de débarquer sur n’importe quel archipel disputé de la mer de Chine méridionale. Pour Madrid, c’est aussi une vitrine : l’armée espagnole teste en ce moment une version hybride du Vamtac, première du genre sur le continent.
Reste la question des droits humains. Singapur applique la peine de mort et maintient le service militaire obligatoire de deux ans. Accepter de l’argent public d’un tel client fait grincer des dents à certaines ONG. Urovesa répond que ses contrats passent par l’ONU et respectent le Traité sur le commerce des armes. Pas sûr que cela suffise à calmer les critiques quand les premiers véhicules seront photographiés à la frontière malaisienne.
En attendant, la Galice continue de rouler. L’ordre singapourien remplit l’atelier jusqu’à fin 2026, et déjà Jakarta, Manille et même Tokyo s’enquièrent du tarif. Quand on leur demande le secret de leur succès, les ouvriers répondent : « Nous ne vendons pas un camion, nous vendons une promesse : partir d’ici, franchir n’importe quel obstacle, et revenir vivant. » Pour l’heure, la promesse tient, et la petite usine de Pontevedra compte bien continuer à la vendre au prix fort.
