Samsung enterre son z trifold en trois mois et prépare déjà le retour
Trois mois. C’est le temps qu’il a fallu à Samsung pour transformer un « sold-out » mondial en enterrement précipité. Le Galaxy Z TriFold, star des listings coréens et américains dès la première minute, ne se fabrique plus. Les chaînes sont arrêtées, les pièces détachées recyclées, et l’appareil de 2 500 € rejoint déjà le musée des curiosités tech. Pourtant, à Séoul, on murmure qu’un « TriFold 2 » est en route. Pourquoi tuer un produit qui cartonne ? Parce que Samsung préfère se souvenir de l’échec que d’assumer les défauts.
L’écran 10 pouces qui se fendait comme du verre
Les forums coréens ont été les premiers à hurler : plié, l’écran interne affichait une ligne blanche irréversible après trois jours. Aux États-Unis, des utilisateurs ont posté des vidéos où la dalle se délamine au centre, comme un sandwich oublié au soleil. Chaque fois, Samsung remplaçait l’appareil, mais le coût de réparation grignotait la marge déjà mince. À 2 500 €, le TriFold ne laisse pratiquement pas de bénéfice : la dalle flexible de 10 pouces et les deux charnières hydrauliques coûtent plus de 900 € à eux seuls. Un directeur de chaine m’a confié, sous couvert d’anonymat, que « chaque unité vendue était un don déguisé ».

Le cauchemar fold de 2019 recommence
Souvenez-vous : avril 2019, les exemplaires test du Galaxy Fold rendus à la rédaction se brisaient avant même la publication des articles. Samsung avait retardé le lancement de cinq mois, puis livré le téléphone avec une notice de précaution digne d’un manuel d’anesthésie. Cinq ans plus tard, la même scène. L’entreprise connaît la partition : annuler vite, régler l’outil, revenir en héros. Le cycle est devenu une marque de fabrique. Un ingénieur me l’a dit sans détour : « On préfère être les premiers à foirer que les deuxièmes à réussir. »

Le marché pliable s’est rétréci, mais pas la concurrence
Huawei a sorti deux téléphones tricards pliables avant Samsung. Honor prépare le Magic V6 avec une pile de 5 300 mAh et une charnière en titane, Oppo dépose des brevets de triple gouttière pour éviter exactement la fissure qui a tué le TriFold. Le segment ne représente que 1,2 % des ventes mondiales de smartphones, mais il est la seule niche où les prix grimpent encore. Samsung ne peut pas la lâcher, même si cela signifie brûler 200 millions de dollars en R&D pour un produit-tampon.
Les fans paient, l’entreprise apprend
Les 37 000 unités écoulées ont servi de laboratoire géant. Les logs de défaillance, les relevés d’humidité interne, les vidéos de démontage sponsorisées par iFixit : tout est rentré dans les serveurs de Suwon. La charnière 2.0, déjà brevetée, supprime neuf pièces sur treize et abaisse le coût de 34 %. Objectif : un TriFold 2 à 1 799 € avec une dalle ultra-mince renforcée par une couche de polyimide dopée à l’or. Le calendrier ? Début 2026, juste après que la mémoire DRAM redescende et que le marché premium reprenne son souffle.
Samsung enterre donc son bébé pour mieux le ressusciter. Une stratégie cynique, mais payante : la marque reste la seule à pouvoir se permettre un échec public sans que sa cotation en pâtisse. Les actionnaires applaudissent, les early-adopters râlent, et les ingénieurs tricotent déjà la version qui, cette fois, ne devrait pas se fendre au premier pli. Car dans l’industrie tech, la mort n’est jamais qu’une phase bêta payante.
