Robots-livreurs : la révolte commence
L'automatisation, promesse d'efficacité et de modernité, se heurte à une réalité bien plus crue : la colère sourde d'une population qui voit ses rues envahies par des machines et ses emplois potentiellement menacés. Ce n'est plus une question de curiosité technologique, mais de résistance active, parfois violente, face à l'invasion silencieuse des robots-livreurs.

Le vandalisme, symptôme d'une peur grandissante
Pendant des années, ces petites machines autonomes ont été perçues, au mieux, comme une nouveauté amusante. Mais l'irruption de l'intelligence artificielle, et plus particulièrement son application concrète dans le domaine de la livraison, a déclenché un sentiment d'angoisse palpable. La crainte de perdre son emploi, d'être supplanté par une machine, est désormais au cœur de ces actes de vandalisme qui se multiplient.
La société Kiwibot, pionnière dans ce domaine, témoigne de cette escalade : plus de 80 000 colis livrés depuis 2020, mais pas moins de 1 600 incidents de vandalisme recensés. Cela représente 2 % des livraisons, un chiffre qui peut sembler anecdotique, mais qui se traduit par des pertes financières considérables. Chaque robot, coûtant plusieurs milliers d'euros, est devenu une cible. Ils sont piétinés, tagués, inondés, saccagés… une véritable iconoclastie technologique.
Les réseaux sociaux regorgent de vidéos et de photos documentant ces agressions. On y voit des individus, souvent visiblement éméchés ou agités, s'attaquant aux robots avec une rage contenue. Mais ce sont les incidents plus explicites, motivés par la peur du chômage, qui interpellent le plus. Un extrait vidéo, particulièrement troublant, montre un robot Uber Eats sollicitant un passant pour qu'il presse un bouton de passage piéton. L'homme, furieux, réplique : “Tu me voles mon travail et tu me demandes de faire le travail à ta place? Je ne vais rien faire. Fais-le toi-même!” Une phrase cinglante qui révèle une profonde méfiance envers ces machines.
Le vandalisme prend des formes diverses : des robots jetés dans des buissons, criblés de graffitis, ou même “décorés” avec des couches usagées. Elon Musk, fervent défenseur de l'automatisation et impatient de déployer ses robots Optimus, semble ignorer, ou du moins sous-estimer, cette réaction sociale. Il s'agit d'un sentiment que les entreprises d'IA n'ont pas encore pleinement appréhendé. L'avenir, si l'IA continue de grignoter les emplois, s'annonce incertain.
La question n'est plus de savoir si l'automatisation est souhaitable, mais comment la mettre en œuvre de manière responsable, en tenant compte de l'impact social et psychologique sur les populations. Les entreprises de robotique et d'IA doivent impérativement anticiper et gérer cette résistance avant qu'elle ne dégénère en un conflit social à grande échelle. Le prix de l’innovation technologique ne doit pas être la colère et le ressentiment d'une partie de la population.
Selon les estimations actuelles, la robotisation pourrait entraîner la disparition de millions d'emplois dans les prochaines années. Une projection glaçante qui, si elle n'est pas accompagnée de mesures d'accompagnement et de requalification, risque d'alimenter davantage le ressentiment et la violence envers les robots.
