Python perd du terrain : les chiffres qui inquiètent les devs
Python résiste, mais à quel prix. Le langage le plus populaire de la planète vient d'encaisser une chute de près de cinq points de part de marché en moins de six mois, selon l'index Tiobe. De 26,98 % en juillet 2024 à 21,81 % en mars 2025 : la glissade est réelle, mesurable, et elle dit quelque chose d'important sur ce que l'IA est en train de faire à l'écosystème du développement.
Quand la simplicité devient un handicap
Ce qui a fait la force de Python se retourne désormais contre lui. Sa syntaxe accessible, sa courbe d'apprentissage douce, son omniprésence dans les cursus universitaires — tout cela l'a propulsé au sommet depuis des années. Mais Paul Jansen, CEO de Tiobe, l'observe avec lucidité : les développeurs commencent à chercher des outils plus spécialisés. Python est partout, ce qui veut dire qu'il n'est parfaitement adapté à rien.
Le mouvement le plus révélateur vient de R. Ce langage dédié à la statistique computationnelle grimpe du 15e au 8e rang de l'index Tiobe en un an, avec une part de 2,19 %. Ce n'est pas une anecdote. C'est le signal que les data scientists, lassés du couteau suisse, reviennent aux outils taillés pour leur métier.

La résurrection de perl, ou l'ironie de l'histoire
Perl. Le langage que tout le monde avait enterré. Il pointe désormais à la 11e place avec 1,67 % de part de marché, contre une 30e position il y a tout juste un an. Difficile de ne pas y voir une forme d'ironie : pendant que Python vacille sous le poids de ses propres ambitions, des langages qu'on croyait morts reviennent frapper à la porte.
Bjarne Stroustrup, le créateur de C++, avait résumé la chose avec son cynisme habituel : « Il n'existe que deux types de langages de programmation : ceux dont les gens se plaignent et ceux que personne n'utilise. » Python, lui, est passé dans la première catégorie. Ce n'est pas forcément une mauvaise nouvelle — c'est surtout le signe qu'il est devenu suffisamment dominant pour concentrer les frustrations.

Ce que les deux index racontent ensemble
L'index Tiobe mesure la présence des langages dans les moteurs de recherche, les cours en ligne et les fournisseurs tiers. Son rival, le PYPL, évalue la fréquence des recherches de tutoriels sur Google. Les deux convergent vers le même constat : Python reste premier, mais l'écart se réduit.
Dans le classement PYPL de février 2026, Python affiche encore 31,17 % — soit le double de C/C++ qui suit à 14,96 %. Mais R y atteint 6,88 %, devant JavaScript. Ce n'est plus un challenger marginal.
Le top 10 Tiobe au 26 février parle de lui-même : Python (21,81 %), C (11,05 %), C++ (8,55 %), Java (8,12 %), C# (6,83 %), JavaScript (2,92 %), Visual Basic (2,85 %), R (2,19 %), SQL (1,93 %), Delphi/Object Pascal (1,88 %). Python domine encore largement. Mais C grignote. Et les outsiders s'organisent.

L'ia dans la salle
Il serait trop facile d'ignorer le contexte. L'intelligence artificielle générative a profondément modifié le rapport au code. Des développeurs qui ne tapent plus une ligne de Python depuis des mois, des juniors qui délèguent l'essentiel à Copilot ou Claude, des entreprises qui réduisent leurs équipes de développement — tout cela pèse sur les statistiques d'usage. Si moins de gens apprennent Python parce que l'IA génère le code à leur place, l'index Tiobe finira par le refléter.
Python n'est pas en train de mourir. Mais il traverse ce moment inconfortable où un outil universel réalise que l'universalité a un coût : celui de ne plus être le meilleur choix pour personne en particulier. Cinq points de part de marché perdus en six mois, c'est le genre de tendance que les équipes de développement des grandes entreprises tech regardent très attentivement ce printemps.
