Powell lâche la fed dans le brouillard: guerre, pétrole et plans b en lambeaux
Le patron de la Fed a jeté l’éponge. Pas sur la politique monétaire — il a encore frappé trois fois — mais sur la prétention de savoir ce qui va suivre. Jerome Powell a brandi, mercredi soir, un bulletin griffonné au crayon: « 19 membres, 19 scénarios, zéro certitude. » Derrière lui, l’économie américaine tient encore, mais le Golfe pérsique brûle et les prix de l’essence flirtent avec leur plus haut depuis 2022. Résultat: le tableau de bord de la banque centrale est déjà dépassé avant d’être affiché.
Le shock pétrolier rentre dans les modèles sans leur laisser le temps d’actualiser
La Fed a conservé ses taux entre 3,5 % et 3,75 %, un geste technique sans éclat. Le drame est ailleurs: le dot plot, cette constellation de prévisions qui fait office de feuille de route, ressemble désormais à un essai de calligraphie sur napkin. Powell l’a dit noir sur blanc: « Si nous devions sauter un SEP, ce serait celui-là. » Traduction: leurs projections de croissance, d’inflation et d’emploi sont déjà obsolètes. Le baril de Brent a grimpé de 18 % en dix jours; l’inflation sous-jacente, elle, stagne à 3,8 %, loin de l’objectif de 2 %.
Le comité n’est plus un bloc. Plusieurs gouverneurs ont glissé discrètement leur curseur: deux baisses de taux prévues il y a trois mois? « Certaines personnes n’en voient plus qu’une », a lâché Powell. Le ton est à la survie de consensus, pas à l’optimisme. Marchés obligataires en ébullition, spread 2Y/10Y qui se retourne, et pourtant aucun scénario dominant. Le président de la Fed résume: « Les effets économiques pourraient être mineurs… ou massifs. Nous ne savons pas. »

Le consommateur américain, dernier rempart, commence à flancher
Le moteur de la demande intérieure tient encore grâce à l’épargnie excédentaire et à un marché du travail à 4 % de chômage. Mais la pompe à essence tape à 4 $ le gallon en Californie, 3,80 $ en moyenne nationale. GasBuddy estime qu’un haut de 4,50 $ ferait chuter la consommation de 0,8 point de PIB en un trimestre. Powell ne l’a pas nommé, mais il l’a pensé: le risque récessif se profile si le conflit au Moyen-Orient s’éternise et que les tankers doivent contourner le détroit d’Ormuz.
La Fed n’a plus qu’une arme: la communication floue. Plus de promesse de coupe, plus de calendrier. Le mot « data-dependent » est devenu un mantra creux. Les traders de Chicago négocient désormais des options sur futures fed funds à volatilité 30 %, un niveau que l’on n’avait pas vu depuis la faillite de Lehman. Le message est clair: le marché ne croit plus les projections, il spécule sur les éclats de geopol.
Alors que la guerre ravive le spectre d’un stagflation 2.0, Powell a fini sa conférence en rendant son tablier de devin. « On écrit quand même quelque chose sur le papier », a-t-il dit en haussant les épaules. Sous-entendu: ce papier, ce sera peut-être la prochaine déclaration d’urgence. En attendant, l’économie américaine roule sans GPS, le pied sur l’accélérateur d’une épargne qui fond, l’œil sur le compteur d’une inflation qui repart. Le prochain virage s’appelle Ormuz; personne ne sait s’il y a des rails après le virage.
