Panasonic coince par sa propre machine : le blu-ray premium renaît de ses cendres

2 100 €, six mois d’attente et des excuses publiques : voilà le nouveau luxe technologique japonais. Panasonic vient d’admettre qu’elle ne parvient pas à produire assez de graveurs Blu-ray DMR-ZR1, un modèle haut de gamme censé ne intéresser qu’une poignée d’amateurs de cinéma domestique. Les commandes ont décuplé, dépassant de 400 % les prévisions internes, et le géant d’Osaka est contraint de supplier ses clients de patienter.

Le streaming n’a pas tué le disque, il l’a rarefié

Le paradoxe fait grincer les analystes. Alors que Sony vient de quitter le segment des graveurs au Japon et que LG a tiré sa révérence mondiale, la demande s’est resserrée sur la seule Panasonic. Résultat : un appareil conçu pour archiver les émissions de la NHK en 4:2:2 10 bits devient le nouveau jouet introuvable des fêtes. Le DMR-ZR1 ne lit pas seulement les Blu-ray ; il transcrypte, downscale et grave sur M-Disc garanti 1 000 ans. Une niche ? 30 000 unités en précommande depuis septembre prouent le contraire.

Le secret ne tient pas dans la puce, mais dans la chaîne. L’usine de Kadoma, près d’Osaka, assemble encore les lasers blue-violet à la main, une ligne héritée des platines VHS de 1984. Monter la cadence exige de recruter des opérateurs capables de calibrer un objectif de pick-up à 0,1 µm près – un métier qui a disparu des cursus techniques. Panasonic promet 300 postes supplémentaires d’ici mars 2025, mais le syndicat réclame déjà 25 % de majoration pour « technicité fossile ».

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Sur l’archipel, 23 % des foyers capturent chaque soir la drama NHK Taiga sur un disque dur externe, par peur que le replay efface l’épisode. Le cloud local étant bridé à 50 Go par FUP, graver reste plus sûr que streamer. Les ciné-clubs de Tokyo achètent le ZR1 par lots de dix pour créer des « packs patrimoine » : un film restauré, un Blu-ray signé par le réalisateur et un certificat NFC d’authenticité. Le prix ne les arrête pas ; c’est la disponibilité qui les rend fous.

Panasonic a déjà épuisé le stock de capteurs Sony IMX490 prévu pour l’année. Elle explore deux options : recycler les têtes des vieux broadcast D5 ou importer des diodes Nichia d’occasion depuis les projecteurs laser désaffectés des cinémas. Coût : 4 800 € la pièce, soit plus que le boîtier final. La direction refuse de transiger sur la qualité : « Un Blu-ray Panasonic doit rester le dernier refuge du bit-perfect », clame un ingénieur sous couvert d’anonymat.

Alors que le groupe vient d’annoncer un bénéfice trimestriel en baisse de 18 %, la division disque optique affiche une marge de 34 %, de quoi financer la R&D du futur M-Disc 200 Go. Le Blu-ray n’est pas mort ; il est devenu un métal précieux. Et Panasonic, mineur solitaire, n’a plus de pelleteuses.