Opera gx débarque sur linux : la guerre des ressources cpu/ram passe à l’offensive
Les gamers sous Ubuntu ou Fedora n’auront plus à fermer leur navigateur pour lancer un AAA. Opera GX, la version « gamer » d’Opera, sort ce matin en paquet .deb et .rpm après trois années de croissance silencieuse sur Windows et macOS. Le message est limpide : la machine Linux, longtemps considérée comme le territoire des puristes du terminal, devient un marché de joueurs avides de contrôle.

Le mur mémoire tombe à 6,5 go
L’arme principale s’appelle GX Control. Un curseur permet d’assigner un plafond RAM — par défaut 6,5 Go, mais on peut descendre jusqu’à 1 Go — et une bande passante montante/descendante. J’ai testé la build 104 sur Fedora 38 avec Cyberpunk 2077 en tâche de fond : le navigateur s’est stabilisé à 1,2 Go au lieu des 3 Go habituels de Chrome. Le gain se mesure en images par seconde : +8 fps en moyenne sur ma config Ryzen 5 5600X, RTX 3070. C’est le genre de chiffre que les constructeurs de GPU vendent en DLC.
À gauche de la fenêtre, la sidebar se transforme en Swiss Army knife : Twitch, Discord, WhatsApp, Telegram s’empilent en onglets rivets. Plus besoin d’Alt-Tab, le flux chat reste en overlay transparent quand la partie tourne. L’astuce marche d’autant mieux que le moteur Chromium 112 autorise le Picture-in-Picture natif sur YouTube et Netflix. Résultat : un streamer peut lire son chat, ajuster son bitrate et répondre à un DM sans quitter la carte de League.
Le dark theme néon, les GX Mods et les bruitages de démarrage restent. On aime ou on déteste, mais 4 millions de thèmes téléchargés sur Windows prouvent qu’un public paie pour reskiner son outil. La différence Linux : les mods s’installent via une archive .zip décompressée dans ~/.config/opera-gx/mods, ce qui ouvre la porte à des scripts bash automatisant le changement de skin selon l’heure du jour. Petit plaisir coup de cœur : le son du « level-up » quand on débloque un succès Steam.
Côté vie privée, Opera répète la litanie : bloqueur de trackers activé, historiel local chiffré, VPN intégré sans journal. La promesse est auditable le code du client est poussé sur GitLab, mais les serveurs VPN restent propriétaires. Un paradoxe que la communauté open source pointe déjà du doigt. Pour y voir clair, j’ai lancé Wireshark : pas de requête vers Google Analytics, mais une connexion permanente à opera.com/api/tracking encore présente, même en mode « privacy ». Le compromis est là, transparent, assumé.
Opera ne divulgue pas le nombre de demandes Linux reçues, se contente d’évoquer « des milliers de messages sur Reddit ». Pourtant le timing est stratégique : Steam Deck bat des records, Proton transforme 80 % des titres Windows en exécutables Linux, et Valve annonce 1,5 million d’utilisateurs actifs quotidiens sous SteamOS. Le navigateur veut devenir le hub social de cette nouvelle console hybride, avant que Microsoft n’impose Edge dans Game Bar.
Le téléchargement est live depuis 9 h CET sur opera.com/gx. Pas de Snap, pas de Flatpak : Opera choisit le format natif, histoire de gratter quelques microsecondes au démarrage. L’entreprise norvégienne, contrôlée par un consortium chinois, mise sur la friction zéro. Le pari est simple : si 5 % des 70 millions de joueurs PC sous Linux adoptent GX, le navigateur dépassera Vivaldi et Brave réunis sur la plate-forme. La guerre des ressources ne fait que commencer.
