Madrid débloque enfin la retraite partielle des fonctionnaires
Le 24 mars à 10 h, la CSIF franchira la porte du ministère de la Fonction publique avec une bombe sous le bras : un accord qui répare la rupture d’avril 2025, quand l’État a retiré aux agents publics le droit de finir à mi-temps avant l’âge légal. Depuis, 14 300 dossiers dorment dans des tiroirs, et les tribunaux déclarent l’administration « ligotée » par son propre texte.
Le piège juridique que le gouvernement a inventé
L’astuce est dans un décret de 2024 qui impose au remplaçant un contrat « indefinido ». Résultat : pour céder son poste à temps partiel, le fonctionnaire doit d’abord trouver un candidat ayant réussi un concours, toute la procédure, toutes les validations. Une équation impossible quand les oppositions se comptent par milliers et les tribunaux supérieurs n’ont pas ouvert leurs listes depuis 2022. « Nous sommes les seuls travailleurs d’Espagne à qui l’on refuse une retraite progressive », crache María López, infirmière bloquée à 64 ans avec 42 de cotisation.
La Cour suprême a donné raison aux plaignants en décembre, mais la loi reste la loi. Le juge ne peut pas l’annuler, seulement constater l’impasse. D’où la solution furtive que Moncloa prépare : un décret-loi d’urgence autorisant des contrats temporaires de releveurs, convertible en poste fixe lors de la prochaine vague d’offres d’emploi public. Une pirouette légale qui sauve la face et, surtout, évite une marée de recours devant le Tribunal constitutionnel.

35 Heures et 75 % de salaire : la contre-offensive syndicale
La CSIF ne signera pas pour une simple rustine. Sur la table : suppression des périodes de carence, concentration de la réduction de temps de travail en un seul bloc, et passage à 75 % du traitement pendant les trois dernières années avant la retraite. Le gouvernement hésite, le ministère des Finances résiste ; chaque point de pourcentage coûte 180 millions sur trois ans. Mais le calendrier est impitoyable : le texte doit être publié au BOE avant le 31 mars pour entrer en vigueur le 1er mai, date à laquelle la première cohorte de 4 200 agents atteindra l’âge de départ anticipé.
En coulisses, on parle déjà d’une seconde phase : étendre la mesure à la santé et à l’enseignement, secteurs où 28 000 personnes restent privées de retraite partielle depuis le plan de rigueur de 2012. Le coût global : 1,1 milliard d’euros. Le ministre réplique que « la priorité budgétaire 2026 est déjà bouclée ». Traduction : on rognera ailleurs, ou on reportera. Le syndicat rétorque que chaque mois de retard coûte 3,4 millions en indemnités de départ anticipé versées par l’État lui-même. La calculatrice finira par trancher.
Le 24 mars ne sera donc pas une simple réunion de bureaucrates. Ce sera la séance où l’État espagnol choisit entre coller un sparadrap sur une jambe de bois ou réécrire la règle du jeu pour les 2,6 millions de fonctionnaires. L’horloge tourne, et les jubilés en attente n’ont plus de temps à perdre.
