Les taux remontent déjà : l’iran fait trembler les banquiers centraux
Sept jours. C’est le temps qu’il a fallu au marché pour faire passer la probabilité d’une hausse de taux de la Fed de 0 % à 10 %. Le déclencheur ? Un détroit d’Ormuz bouclé et des batteries de missiles sur les oléoducs du Golfe. Le pétrole flambe, l’inflation renaît, et Jerome Powell comme Christine Lagarde ont sonné le tocsin : la guerre de l’Iran vient d’ajouter une ligne de plus à leur feuille de route, celle qu’ils espéraient ne plus jamais lire.
Le pivot qui ne dit pas son nom
Le 28 février, la guerre commence. Le même jour, les contrats futures de la Fed pivotent d’un coup : une baisse de taux en mars ? 30 % de chances. Quinze jours plus tard, 2,1 %. Aujourd’hui, zéro. Le CME FedWatch enregistre le retournement le plus rapide depuis la faillite de Lehman. Les traders ne débattent plus de « si », mais de « combien » : 25, 50 points de base ?
L’Europe, elle, n’a même pas cette marge. Le taux de dépôt du BCE est à 2 %, soit 1,5 point sous le corridor de la Fed. Résultat : l’Euribor 12 mois a bondi de 40 points en trois séances, prêt à fracasser la barre des 3 %, un niveau que les variables de crédit n’avaient pas croisé depuis 2008. Sur les écrans Bloomberg, la courbe des taux interbancaires ressemble à une falaise.

Shadow banking, vrais trous
Derrière le rideau, la « banque de l’ombre » baille. Apollo, BlackRock, Blackstone ont bloqué les remboursements de leurs fonds à valeur liquidative, laissant des milliers de fonds pension se débattre dans des porte-feuilles de prêts privés devenus illiquides. Le paradoxe : les grandes banques commerciales, actionnaires de ces fonds, se retrouvent exposées à la même fuite qu’elles alimentaient hier. Le risque de contagon saute le pare-feu.
Et pendant que le pétrole s’ajuste à 115 $ le baril, Mastercard annonce une perte liée à la faillite de son homologue brésilien Banco Master et de la fintech Will Financiera. La chaîne de paiements globale frémit : moindre consommation, moindre croissance, moindre confiance. L’effet domino ne fait que commencer.
Demain matin, les portes des banques ouvriront sur une réalité simple : la guerre au Moyen-Orient n’est plus un risque géopolitique, c’est une ligne comptable qui vient d’atterrir dans le budget de chaque ménage. Les 300 milliards de dette variable française vont réviser à la hausse. Les 1 300 milliards d’emprunts à taux fixe, eux, attendront 2026 pour renégocier. D’ici là, l’inflation ravagera le pouvoir d’achat. Le pendule est reparti, et il ne fait que monter.
