Les recettes 100 % ia débarquent sur tiktok : cuisine créative ou imposture goûteuse ?

Mia Mercado a mis sa dignité entre ses dents pour goûter un « pain twisté au fromage blanc » conçu par une intelligence artificielle. Résultat : une crêpe d’œuf caoutchouteuse qui se déchirait dès qu’on la regardait. Note : 0/5. Le clip, pourtant, affichait des bretzels dorés, croustillants, irréels. Bref, une escroquerie visuelle et gustative.

Le mirage algorithmique s’invite dans nos assiettes

Sur TikTok, le hashtag #AIrecipe cumule déjà 240 millions de vues. Derrière chaque vidéo, la même recette : une voix off synthétique, un montage ultra-rapide, des images truquées qui enjolivent la texture. La promesse ? Un plat inédit, rapide, photogénique. La réalité ? Une pâte liquide qui refuse de se former, des saveurs éteintes, des internautes qui jurent « ne plus jamais faire confiance à un robot pour dîner ».

La journaliste a creusé : la « recette » de wraps épicés aux pois chiches, notée 4/5, est un copier-coller d’un article du site Minimalist Baker. L’IA n’a même pas inventé ; elle a pillé, remixé, relooké. Le plagiat devient sauce tomate. Le cliché de la « créativité machinique » s’effondre : l’algorithme recycle, il ne crée pas.

La fraude sensorielle devient business model

La fraude sensorielle devient business model

Pourquoi tant de clics ? Parce que la cuisine, c’est le dernier terrain où l’illusion fonctionne encore. On accepte qu’un deepfake ressemble à Scarlett Johansson, pas qu’un brownie ait le goût du carton. Pourtant les chaînes gagnent des millions de vues en vendant du rêve culinaire à 15 secondes. Le créateur touche ses revenus publicitaires avant que le spectateur ait eu le temps de tester la recette. Le cycle est bouclé : l’argent est encaissé, la deception postée en commentaire, l’algorithme passe au suivant.

Le pire : certaines vidéos montrent des gestes impossibles — un steak qui saisit sans feu, un glaçage qui durcit sans frigo. La physique bafouée devient spectaculaire. Les plus jeunes, n’ayant jamais tenu une poêle, prennent ces images pour la norme. Le risque ? Une génération qui croit que la cuisine est un filtre Instagram, pas un équilibre de températures, de temps, de goûts.

Le carnet de dégustation de l’ia : 0 étoiles

Le carnet de dégustation de l’ia : 0 étoiles

Mercado termine son enquête avec un fettuccine à la sauce ananas-anacardier. Le plat ressemble à un dessert déguisé en plat principal. Elle le jette au bout de deux bouchées. « Ça goûte le yaourt industriel sur des pâtes froides », résume-t-elle. La cuisine italienne crie au meurtre, les nutritionnels aussi : 40 g de sujets cachés dans une sauce soi-disant « healthy ».

La leçon ? Chaque clic sur une recette 100 % IA est un vote pour un monde où la saveur se réduit à un mot-clé. Tant que les plateformes récompensent l’illusion, nos assiettes se rempliront de promesses avariées. Le four refroidit, l’écran s’allume, et le goût devient un souvenir.