Le prix des disques durs explose : 140 % de hausse en six mois, les créateurs pris au piège
Voilà la facture qui fait mal : un SSD SanDisk de 4 To affiché 500 $ l’an dernier côte aujourd’hui 1 200 $. Même punition pour le modèle 1 To : 120 $ → 360 $. Apple, Amazon, la Fnac : rupture générale. La faute ? L’IA dévorante qui transforme les puces mémoire en denrée rare.
La pénurie n’est plus un bug, c’est le modèle
Depuis janvier, les data centers dévorés par l’entraînement des modèles GPT absorbent plus de 30 % de la production mondiale de NAND. Résultat : les stocks tampon ont fondu. Les fabricants priorisent les gros contrats cloud ; le canal retail devient la variable d’ajustement. Chez Western Digital, on l’adresse à peine : « On shippe tout en OEM, le reste c’est du bruit. »
L’effet domino frappe les créatifs. Montage 8K, sauvegardes RAW, archives de tournage : le disque externe n’est plus un accessoire, c’est le cœur du workflow. Quand un studio parisien commande 50 disques pour une série Netflix, on lui répond “disponibilité juin 2025”. Le producteur rigole jaune : « On va devoir éditer sur clés USB. »

Apple pris en étau
Sur l’Apple Store US, la barre de recherche « G-Drive » renvoie désormais un désert. Les quelques références en stock affichent un surcoût de 180 %, mais le bouton « ajouter au panier » reste grisé. Tim Cook a beau multiplier les air-freights depuis Shenzhen, la firme n’échappe pas à la règle : elle a déjà rehaussé de 200 $ le prix des MacBook flashés 512 Go. Les analystes de Bloomberg tablent sur une nouvelle vague en septembre.
Conséquence directe : les abonnements cloud grimpent. Google Drive vient de passer de 1,99 € à 2,99 € le 100 Go. Les utilisateurs crient à l’arnaque, mais ils cliquent quand même. Le stockage local devient un luxe, le nuage une obligation. Ironie : plus on déplace les données vers les serveurs, plus on alimente la demande de puces… et la spirale.

Les parades des pros
Côté technique, les ingénieurs s’organisent. Compression Blackmagic, proxy 1/4, déduplication block-level : on racle les fonds de tiroir. Certains studios louent des baies LTO-9, bandes à 18 To qui ressuscitent les robots d’archivage des années 90. Coût : 0,02 $/Go, mais un délai de 4 h pour restaurer un clip. Le directeur photo résume : « On tourne moins, on efface plus. Le métrage final devient une victime collatérale. »
Autre ligne de défense : l’occasion. Sur eBay, les prix des SSD Samsung T7 d’occasion flambent eux aussi. Un modèle 2 To s’arrache 250 €, soit +70 % par rapport à décembre. Arnaques en pagaille : puces re-marquées, heures d’écriture dépassées. Le SAV n’existe plus ; quand le disque meurt, le tournage s’arrête.
Le gagnant s’appelle Micron
Pendant ce temps-là, les fonderies reportent leur passage au nœud 3 nm : elles préfèrent produire de la NAND haut de gamme à marge 45 %. Micron vient d’annoncer un bénéfice trimestriel de 2,3 milliards, +312 %. Le PDSE Sanjay Mehrotra prévient : « La demande IA va doubler chaque année jusqu’en 2027. » Conclusion implicite : n’attendez pas une baisse.Alors on compresse, on supprime, on stream. Le monteur freelance parisien efface ses rushes dès la livraison. Le photographe lyonnais bride son appareil à 12 Mpx. Le cloud devient le seul horizon, même si ça signifie payer à vie. La dernière ironie : la créativité se mesure désormais en gigaoctets disponibles. Et le compteur tourne à l’envers.
