Meta prépare une pique à la myopie : des ray-ban connectées pensées pour les porteurs de lunettes correctrices

Meta ne lance pas une nouvelle génération, mais une correction de trajectoire. La semaine prochaine, la firme de Menlo Park dégainera deux versions inédites des Ray-Ban Meta spécialement calibrées pour les 2,7 milliards de personnes qui traînent une prescription optique. Le code ? Scriber et Blazer, deux noms qui sentent le cuir chaud du laboratoire et non le clinquant d’un keynote.

Des verres qui calculent plus qu’ils ne corrigent

Les documents déposés à la FCC et révélés par The Verge parlent d’« unités de production » : la phase d’essai est close, l’industrialisation lancée. Rectangulaire ou ronde, la monture reste la même, mais l’âme change : des plaquettes ajustables, un foyer interne plus profond pour accueillir des verres épais et, surtout, un étui rigide repensé qui évite le pincement des branches sur des glaces à fort indice. Une réponse hardware à un problème que jusqu’ici Meta résolvait par un bon d’ordre chez l’opticien.

Le message est limpide : fini le parcours du combattant pour les myopes, hypermétropes ou astigmates qui devaient sacrifier la caméra, le micro et le flux IA au nom de la clarté visuelle. Zuckerberg l’a martelé lors de l’appel résultats de janvier : « Des milliards de lunettes vont devenir intelligentes. On ne va pas les laisser sur le bord de la route de l’histoire. » Traduction : l’adoption passe d’abord par ceux qui ne peuvent pas se passer de lunettes, pas par les techno-évangélistes.

Croissance en clair-obscur

Croissance en clair-obscur

Les ventes ont plus que triplé en 2025, selon le patron. Un succès qui fait jaser quand on sait que le produit ne dispose ni d’écran ni de réalité mixte, juste une puce IA qui chuchote des infos à voix basse. Mais la vraie prouesse, c’est d’avoir transformé une option « verres correcteurs » – jusqu’ici un cauchemar logistique – en argument marketing. Les opticiens partenaires reçoivent désormais des kits de mesure pré-calibrés, les verres sont taillés à l’usine Luxottica puis assemblés sans délai. Le coût ? Absorbé par Meta, qui engrange les données visuelles de ses utilisateurs. Le jeu en vaut la chandelle.

Reste la question de la sécurité. La FCC teste actuellement les niveaux d’émission des nouvelles montures, car les verres épaissis peuvent déformer l’antenne Wi-Fi intégrée. D’où les noms de code Scriber et Blazer : scribere pour « écrire », blazer pour « brûler » – une private joke d’ingénieurs qui savent qu’une monture qui surchauffe sur le nez d’un presbyte, c’est la fin du rêve.

Coup double pour Meta : capter une population jusque-là réfractaire aux wearables tout en préparant le terrain pour la vraie rupture, les lunettes à affichage AR prévues fin 2026. D’ici là, la myopie devient un vecteur de croissance. Qui l’eût crû ?