Le golfe enflamme oblige la fed et la bce à récrire leurs scénarios
Deux mots suffisent à faire trembler les modèles économiques : guerre prolongée. La troisième guerre du Golfe pousse dès cette semaine la Fed et la BCE à réinventer leurs discours, leurs taux, leurs prévisions. Le pétrole bondit, mais Bank of America lance un avertissement : le marché ne regarde que l’inflation, il ignore la croissance en chute libre.
Le marché parie sur un choc bref, bofa craint l’hiver long
Les traders ont dégagé 35 points de base de baisses de taux attendues fin 2024. Le dollar grimpe, le S&P 500 ne cède que 4 % de son record. Traduction : scénario de conflit rapide et limité. L’équipe d’économistes de Charlotte rétorque : « Une guerre qui s’étire jusqu’au deuxième trimestre est aussi probable qu’un cessez-le-feu. » Leur modèle privilégie une escalade jusqu’à l’été, avec Ormuz partiellement fermé et le transport maritime réduit au ralenti. Résultat : croissance mondiale amputée d’un point dès 2025, et surtout une estafiltration — ce mélange de stagnation et d’inflation que redoutent les banquiers centraux depuis 1979.
La banque détaille le canal de transmission : hausse du baril + ralentissement du commerce + fermeture progressive du détroit = hausse des coûts logistiques et baisse de la demande. L’Europe et l’Asie, importatrices nettes, prennent le choc de plein fouet. Les États-Unis, désormais exportateur net, s’en sortent à moindre coût, mais pas leurs alliés. « Le risque est une croissance plus faible accompagnée d’inflation plus élevée », résument Michael Lok et Nicolas Laroche chez UBP. Le mot est lâché : stagflation.

Dette, crédit, crédits : tout devient plus cher
Dès janvier, les spreads des obligations d’État périphériques se sont gonflés de 30 points de base. Les crédits à la consommation en zone euro affichent leur plus haut niveau depuis 2008. Pourquoi ? Parce que la prime de risque pétrolier se propage comme une tache d’huile : le pétrole alimente l’inflation, l’inflation force les banques centrales à tenir les taux hauts, et les taux hauts tuent la croissance. Boucle infernale.
La Fed pourrait être contrainte de réviser sa trajectoire. Jerome Powell, qui préparait le terrain pour trois éventuelles baisses en 2024, se retrouve à défendre un maintien voire une remontée si le baril reste au-dessus de 100 $. Christine Lagarde, de son côté, doit gérer la coalition fragile de pays dont la moitié est déjà en récession technique. Pour elle, un choc énergétique de six mois équivaut à un supplément de 1,2 point d’inflation et un déficit de 0,8 point de PIB. La calculatrice fume.

Les investisseurs dorment sur un volcan
Les portefeuilles reste lourds en actions tech et light en matières premières, pariant sur la « résilience » américaine. Pourtant, l’indice VIX reste sous 20, niveau « tranquillité » absolue. C’est le même écart de perception que celui d’août 2007, quand les banques disaient que la crise des subprimes était « contenue ». Le rapport BofA clôt la parenthèse : « Les scénarios les plus disruptifs sont sous-estimés. »
Les conséquences ? Un baril à 130 $ en avon si l’Iran bloque Ormuz, 150 $ en cas de frappe sur les installations saoudiennes, et un PIB mondial en négatif dès le T3. Les marges des compagnies aériennes s’effondreront, les paiements des emprunts à taux variable exploseront, les déficits publics s’envoleront. Et les banques centrales, déjà à court de munitions, devront choisir entre sauver la croissance ou mater l’inflation. Le mot d’ordre : impossible de gagner sur les deux tableaux.
La semaine prochaine, la Fed livrera ses projections. Attendez-vous à des chiffres biffés, des courbes re-tracées à la main et un langage codé encore plus hermétique. Car quand la guerre s’invite dans les modèles Excel, même les banquiers centraux doivent apprendre à improviser.
