Ia : la fin des managers intermédiaires est-elle imminente ?
La hiérarchie pyramidale, pilier de l'organisation d'entreprise depuis des décennies, semble vaciller. Les grandes entreprises, après des années de restructurations et de réductions d'effectifs justifiées par un besoin d'efficacité, s'apprêtent à subir une nouvelle vague de transformation, cette fois orchestrée par l'intelligence artificielle. L'ère des « megamanagers » pourrait bien être à nos portes.
La vague de « flattening » : un cycle récurrent ?
Ce n'est pas la première fois que les dirigeants évoquent la nécessité d'un « Grand Aplanissement ». Mark Zuckerberg, chez Meta, l'avait même qualifié de « trabalengua », en soulignant l'absurdité d'une chaîne hiérarchique interminable. D'autres, comme Citi, ont déjà réduit le nombre de leurs niveaux de management. UPS, plus récemment, a supprimé 12 000 postes de managers. Mais cette fois-ci, l'IA ne se contente pas d'optimiser les processus ; elle menace de redéfinir le rôle même du manager.
Selon Eno Reyes, cofondateur de Factory, plateforme de développement de logiciels natifs d'IA, l'essor des agents numériques permet à une seule personne de gérer des équipes bien plus importantes. Les tâches routinières, comme la production de rapports ou l'analyse de données, peuvent être automatisées, libérant ainsi les managers de certaines responsabilités opérationnelles. « Cela brise la hiérarchie de la middle management », affirme-t-il.

Ibm et mckinsey : des visions émergentes
IBM Consulting, qui a déployé des milliers d'agents IA sur près de 300 projets clients, anticipe également une évolution des structures de management. Mohamad Ali, Vice-Président Senior de la division, explique que l'intégration des « travailleurs numériques » aux côtés des 150 000 consultants humains nécessitera de nouvelles approches managériales. « Les managers humains ne gèreront pas ces agents de la même manière qu'ils gèrent les personnes », souligne-t-il, préconisant la mise en place de systèmes de supervision spécifiques.
Chez McKinsey, la tendance est à la recherche de « 5Xers », des profils polyvalents capables de maîtriser plusieurs domaines d'expertise. Arvind Vasudevan, ancien manager de projet chez McKinsey et cofondateur de Plaido, visualise des équipes de conseil plus réduites, encadrées par des généralistes expérimentés, appuyés par des spécialistes techniques qui construisent et améliorent les agents IA.
Le modèle classique d'un manager de projet avec trois analystes, souvent observé dans le secteur du conseil, pourrait bien disparaître. L'automatisation, combinée à la capacité accrue des managers à superviser des équipes plus vastes, transforme radicalement les équations du travail.
La révolution n'est pas encore totale, mais la structure hiérarchique traditionnelle est clairement en mutation. La question n'est plus de savoir si les managers disparaîtront, mais comment leur rôle évoluera dans un monde où les agents IA deviennent des collaborateurs à part entière. La promesse est alléchante : des équipes plus agiles, des processus plus efficaces, et une nouvelle ère de productivité. Le défi sera de maîtriser cette transformation sans sacrifier le capital humain, véritable moteur de l'innovation.
