Google maps prépare des avatars de cyclistes pour rendre la ville moins grise

La flèche bleue va mourir. Dans les lignes de code de la dernière beta de Google Maps, on a trouvé des traces d’avatars de cyclistes prêts à remplacer l’icône anonyme qui guide les deux-roues depuis dix ans. Un petit bonhomme en spandex, un VTT, peut-être même un cargo-bike : le choix sera personnel, et la ville, soudain, un peu plus vivante.

Des strings xml qui disent la vérité

Les références apparaissent dans le dossier res/values/ de l’APK 11.122.0102. L’entrée cycle_avatar_selection pointe vers un menu « Vos véhicules » jusqu’ici réservé aux bagnoles et motos. Traduction : Google teste un parcours où le cycliste se verra comme il se sent — rapide, fringant, ou chargé de courses. Pas de date de lancement, mais le géant californien ne laisse jamais traîner ces fuites sans raison. Le déploiement public suit souvent la découverte de ces bribes dans un délai de six à huit semaines.

L’enjeu est minuscule, diront les blasés. Ils se trompent. Depuis 2020, le mode vélo de Maps a gagné 73 % d’utilisateurs en Europe, dopé par la pandémie et le prix de l’essence. Chaque détail compte quand on pedal entre deux bus. Une icône qui vous ressemble, c’est un morceau d’identité injecté dans la cartographie. C’est aussi la reconnaissance d’un mode de transport devenu priorité urbaine. Paris a doublé ses pistes, Londres taxe les SUV, Barcelone piétonnise : Google ne fait que suivre le mouvement, en capitalisant sur notre désir d’être vu.

Pixels contre la peur

Pixels contre la peur

Regardons la carte. Les couleurs chaudes indiquent les collisions constatées. Sur ces zones, la nouvelle vignette personnalisée ne sera pas qu’un gadget : elle rappellera au automobiliste distrait qu’un corps de chair guide le rectangle lumineux. Psychologie visuelle 101 : humaniser l’objet réduit l’agression. Une étude de l’Université de Lund (2022) montre que les conducteurs ralentissent de 11 % quand ils identifient un cycliste « réel » sur l’écran de bord partagé. Google le sait. Les données, c’est son or ; mais la peur, c’est son carburant.

Reste la question des exclus. Pas de smartphone, pas d’avatar. Les livreurs à trottinette, les réfugiés du vélo hollandais, les banlieues où Maps n’a pas encore tracé le moindre metre de piste ne verront rien. Le progrès reste un filtre social. Google promet une API ouverte aux fabricants de GPS embarqués ; l’intention est là, pas le calendrier.

Alors, la prochaine fois que vous braquerez votre phare sur l’écran, attendez-vous à voir votre silhouette miniature avancer dans la nuit. Un pixel de plus, un gramme de plaisir. Rien de révolutionnaire, mais assez pour donner envie de quitter la rocade. Et parce que chaque trajet compte, la plateforme mesure déjà le CO₂ épargné ; l’avatar ne sera bientôt plus seulement un miroir, il deviendra un badge vert. Courez — ou plutôt, pédalez — le télécharger.