Espagne : une compensation inédite pour réduire l'écart pensionnel lié à la parentalité
Madrid s'attaque à une injustice tenace : l'écart de pension entre les hommes et les femmes, creusé par des décennies où le fardeau du soin des enfants pesait disproportionnellement sur les épaules féminines. Une mesure phare, le "complément pour réduire la fracture de genre", prend de l'ampleur, et les chiffres récents révèlent une inversion surprenante des bénéficiaires.
Un héritage de discrimination et une correction juridique
Historiquement, la pension des femmes espagnoles était significativement inférieure à celle des hommes, une conséquence directe de leurs interruptions de carrière pour élever des enfants. L'ancien système de "complément de maternité", jugé discriminatoire envers les hommes par la justice européenne en 2019, a été remplacé par ce nouveau dispositif, conçu pour compenser l'impact financier de la parentalité sur les trajectoires professionnelles, quel que soit le genre. La réforme des retraites de 2021 a posé les bases de ce changement, une tentative de rééquilibrage qui prend désormais une tournure inattendue.
Le constat est clair : en 2025, l'écart entre les pensions moyennes s'élevait à 400 euros, avec 1 564 euros pour les hommes et seulement 1 071 euros pour les femmes. Une différence criante qui justifie l'intervention de l'État.

L'heure de la parité : les hommes prennent le relais
Après une période initiale où les femmes étaient majoritaires parmi les bénéficiaires, la tendance s'est inversée. La décision de la Sécurité Sociale d'appliquer le complément aux hommes et aux femmes dans les mêmes conditions a conduit à un afflux de demandes masculines. Le mois de la sentence initiale, seuls 2 528 hommes ont perçu ce complément, contre 16 823 femmes. Mais depuis, la situation a basculé : en août, 19 907 hommes et 19 378 femmes ont reçu le complément, suivi de 17 310 hommes et 14 286 femmes en septembre, et enfin 23 452 hommes et 18 741 femmes en octobre. L'Observatoire de l'Égalité et de l'Emploi témoigne d'une transformation notable.
Ce renversement n'est pas une anomalie, mais le résultat d'une application plus équitable de la loi et d'une prise de conscience croissante des droits des pères. L'augmentation générale des pensions de 2,7% en 2026, avec une hausse de plus de 7% pour les pensions minimales et 11,4% pour les pensions non contributives, ne fait qu'amplifier cet effet.

Un complément en constante évolution
Le "complément pour réduire la fracture de genre" est lui aussi revalorisé, atteignant désormais 36,90 euros bruts par enfant, jusqu'à un maximum de quatre, soit une augmentation potentielle de 570 euros. Le montant moyen mensuel de ce complément s'élève actuellement à 76,95 euros. La répartition des pensions complétées en février 2026 révèle une réalité : 24,3% des bénéficiaires ont un enfant, 49,5% en ont deux, près de 17,8% en ont trois, et 8,5% en ont quatre. L'accessibilité à ce complément est simple : il suffit de cocher l'option correspondante lors de la demande de pension auprès de la Sécurité Sociale.
La procédure peut se faire en ligne, en personne avec rendez-vous, ou par courrier. Ce dispositif, initialement conçu pour corriger une injustice historique, s'avère être un outil puissant pour promouvoir l'égalité des sexes et reconnaître la contribution de tous les parents à la société.
Le chemin vers la parité pensionnelle est encore long, mais les chiffres de l'année à venir, avec une augmentation substantielle du complément pour la parentalité, témoignent d'une évolution positive. L'Espagne, en corrigeant ses erreurs passées, montre la voie vers un système de retraite plus juste et plus équitable, où le rôle des parents, quel que soit leur genre, est enfin reconnu à sa juste valeur.
